Le Syndex analyse les résultats du 8ᵉ Baromètre du dialogue social

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Le 8ᵉ Baromètre du dialogue social, mené par le pôle Opinion Ifop, explore l’état d’esprit des salariés, des représentants du personnel et des directions.
Dans cet entretien, Claire Morel et Nicolas Weinstein, tous deux membres du comité de direction de Syndex analysent les principaux enseignements et partagent leurs recommandations pour un dialogue social plus constructif, y compris sur des sujets émergents comme la transition écologique et l’IA.

Claire Morel et Nicolas Weinstein

Membres du comité de direction de Syndex

Question 1 : Cette 8ᵉ vague du Baromètre du dialogue social s’inscrit dans un contexte économique et social particulièrement mouvant. Quels sont, selon vous, les enseignements les plus marquants de cette édition sur l’état d’esprit des salariés, des représentants du personnel et des directions ?

Claire Morel : Cette nouvelle édition montre, que malgré ce climat très incertain, et une part croissante d’élus de Comités Sociaux et Economiques (CSE) inquiets (61%) concernant la situation économique de leur entreprise, ils restent toujours déterminés et motivés. Et ce que nous apprend le baromètre cette année, ce sont aussi les raisons qui expliquent ce fort engagement :  défendre les droits des salariés, agir pour plus d’équité, améliorer les conditions de travail.

Ces motivations entrent parfaitement en résonnance avec l’image très positive du CSE qu’en ont les salariés (67%) et les dirigeants. Une très large majorité d’entre eux le considère comme utile pour défendre les intérêts des salariés, les conditions de travail et faire remonter les réalités du terrain. Cette perception s’accompagne d’un niveau élevé de confiance et d’un sentiment de bonne représentation, confirmant leur rôle central dans l’entreprise. Ce sont des interlocuteurs reconnus à la fois par les salariés et par les directions.

Mais leur mandat reste difficile. Manque de temps, surcharge de sujets, multiplicité de compétences à maîtriser : les élus sont sous pression et les inconvénients de l’instance CSE restent toujours prégnants. Les compétences acquises par les élus sont peu valorisées dans leur parcours professionnel et ils sont nombreux à constater qu’être élu est un frein à leur rémunération et leur carrière (74%).

Question 2 : Le baromètre met en lumière des perceptions parfois contrastées du dialogue social selon les acteurs de l’entreprise.

Comment Syndex analyse-t-il ces écarts, et que disent-ils des attentes actuelles en matière de reconnaissance, de confiance et de rôle du CSE ?

Nicolas Weinstein : Effectivement, les perceptions concernant la qualité du dialogue social sont assez contrastées. Les directions continuent de l’évaluer positivement (7,7/10), tandis que les salariés (5,9/10) et les représentants du personnel (5,1/10) lui attribuent des notes nettement inférieures.

Cet écart structurel s’explique par le constat fait par les élus de CSE de la faible prise en compte de leurs avis et le déficit d’écoute. Le CSE n’a pas le poids stratégique souhaité par les élus et les salariés, malgré la forte reconnaissance de son utilité.

Les attentes sont claires, de la part à la fois des salariés et des représentants du personnel. Elles concernent la volonté d’être consultés sur le travail et la manière de l’exercer ainsi qu’un meilleur partage du pouvoir décisionnaire au sein de l’entreprises. Le réel besoin des salariés et des élus d’avoir prise sur des décisions qui les concernent est prégnant et légitime.

“La question des conditions de travail et du partage de la valeur restent clé pour un dialogue social de qualité : ce sont les priorités à la fois des salariés et des représentants du personnel. ”

Claire Morel
Membre du comité de direction de Syndex

Question 3 : À la lumière des résultats et des perspectives dégagées pour les années à venir, quelles sont selon vous les priorités à activer pour renforcer un dialogue social plus constructif et plus aligné avec les transformations du travail ?

Claire Morel : Trois propositions déjà : renforcer le poids des avis du CSE, créer des espaces où les salariés peuvent évaluer et améliorer leur travail, et donner des moyens aux représentants du personnel de bien exercer leurs prérogatives et de garantir un dialogue social de proximité, au plus près de la réalité du terrain, afin d’être toujours pertinents et en résonnance avec les salariés.

La question des conditions de travail et du partage de la valeur restent clé pour un dialogue social de qualité : ce sont les priorités à fois des salariés et des représentants du personnel. Des discussions en CSE et des négociations qui ont du contenu, des propositions concrètes, dont la mise en œuvre est suivie, cela fait clairement partie des enjeux constants du dialogue social.

Enfin, le dialogue social concernant la transition écologique et l’introduction de l’IA est incontournable. Ce sont déjà des réalités pour un certain nombre de secteurs. Pour d’autres, il faut l’anticiper, bien l’appréhender et l’évaluer à sa juste mesure, pour ce qui concerne l’IA notamment. Pourtant, on le mesure dans le baromètre, ces sujets émergent encore difficilement. Leur impact sur l’organisation du travail et l’emploi, le modèle économique des entreprises, la formation des salariés doivent devenir des objets de dialogue social.