Faut-il pour voir dans le scrutin municipal de mars 2026 les prémices de la présidentielle de 2027 ? Les électeurs s’en saisiront-ils comme d’un test grandeur nature, susceptible de structurer la compétition à venir ? Pour répondre à ces questions, une étude conduite par l’Institut Terram et l’Ifop auprès de 10 000 personnes âgées de 18 ans et plus offre des possibilités d’analyse particulièrement fines tout en permettant une mise en perspective historique de plusieurs indicateurs structurants. Cette démarche dépasse la seule approche monographique, ville par ville, pour proposer une lecture d’ensemble du scrutin à travers toutes les strates territoriales. Mais ce rapport Institut Terram X Institut Ifop intègre aussi les principaux sondages locaux publiés ces derniers mois afin d’évaluer concrètement les rapports de force dans les villes de plus de 100 000 habitants, là où l’offre électorale épouse le plus étroitement les clivages nationaux.
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LES CHIFFRES CLES :
👉 Les indices d’une « vague brune » ? Le RN s’avère être de loin le parti dont les électeurs souhaitent le plus la victoire aux élections municipales
— À gauche, la proportion de votants souhaitant une victoire des Écologistes s’avère presque deux fois moins forte aujourd’hui (5 %) qu’en 2020 (8 %), à l’inverse des listes du Parti socialiste (11 %, +3 points) et de La France insoumise (9 %, +5 points), qui voient leur souhait de victoire progresser significativement d’un scrutin à l’autre.
— Les formations associées au gouvernement ces dernières années voient leur soutien diminuer : -10 points pour Renaissance et MoDem (6 %), -3 points pour Les Républicains (10 %), sans être compensées par les faveurs pour les partis de centre droit testés pour la première fois cette année : 4 % pour Horizons et l’UDI.
— À la droite de la droite, le nombre de votants souhaitant voir le RN l’emporter est deux fois plus élevé aujourd’hui (28 %) qu’en 2020 (13 %). Au total, en y ajoutant Reconquête (3 %), la droite radicale s’attire ainsi un tiers des souhaits de victoire (31 %), contre 20 % pour le bloc central (RE-MD-HO-UDI-LR) et un quart (26 %) pour les gauches (LFI-PCF-PS-PP-LÉ).
💡Le point de vue de François Kraus pour Terram : « Aussi forte soit-elle, cette dynamique nationale en faveur du RN n’a pas autant d’effet dans une « France des métropoles » qui lui reste sociologiquement défavorable. Dans la vingtaine de villes de plus de 100 000 habitants sondées ces derniers mois, les listes soutenues par le RN affichent une progression significative – environ 8 points en moyenne par rapport à 2020 – qui leur permettrait à la plupart de se maintenir cette fois au second tour. Les candidats RN/UDR semblent ainsi en mesure de jouer les premiers rôles dans la plupart des grandes villes du pourtour méditerranéen – Perpignan (+8 points, 44%), Nîmes (+7 points, 21%), Marseille (+13 points, 32%), Toulon (+24 points, 39%) et Nice (+24 points, 41%) – auxquelles on peut rajouter des villes moyennes situées dans la même mouvance comme Béziers (61%, -8 points) ou Orange. Ailleurs, en revanche, leur présence dans les métropoles sera beaucoup plus symbolique même si leur maintien au second tour pourrait, comme au Havre, faire perdre les listes du centre ou de la droite en les privant de reports de voix face à la gauche. »
👉De « l’ordre dans les rues et dans les comptes »… Quand la hiérarchie des déterminants du vote dessine un terrain électoral des plus favorables aux droites
Cette dynamique en faveur du RN apparaît d’autant plus forte qu’elle va de pair avec une physionomie programmatique du scrutin empruntant des thèmes chers à la droite radicale.
— Trois des cinq thèmes qui détermineront le plus le vote des Français le 15 mars sont ainsi liés à la sécurité : la sécurité des biens et des personnes (+7 points depuis mars 2020, à 75 %), la lutte contre les incivilités (68 %) et le combat contre le narcotrafic (64 %).
— Et cette montée en puissance des thématiques sécuritaires tient au fait qu’elles sont désormais un enjeu transpartisan. Loin d’être l’apanage des électeurs de droite (RN, LR), elles trônent en effet aussi en tête des déterminants du vote des électeurs centristes (77 %) et figurent à la 5ᵉ position chez les électeurs du NFP aux dernières élections législatives (56 %).
— Derrière l’accès aux soins, qui est l’autre enjeu majeur (74 %, +15 points depuis 2020), s’impose aussi un deuxième bloc programmatique favorable à la droite modérée : la gestion des finances et de la dette communale (70 %, +4 points) et le niveau des impôts locaux (64 %, +4 points).
💡Le point de vue de François Kraus pour Terram : « La hiérarchie des déterminants du vote dessine alors un terrain électoral objectivement plus favorable aux droites qu’aux forces de gauche. Cela tient notamment à une « désidéologisation partielle des enjeux régaliens » (…), la sécurité (…) perd alors de son caractère droitier pour devenir un enjeu transpartisan. (…) Cela ne préjuge pas mécaniquement de l’issue électorale, laquelle dépendra aussi de variables locales (…) Mais la structure thématique du scrutin, elle, apparaît clairement orientée. Autrement dit, en 2026, les droites bénéficient d’un environnement d’enjeux cohérent avec leurs registres de crédibilité traditionnels. »
👉Vers un « reflux de la vague verte » ? Des maires écologistes clairement menacés d’un vote sanction
Six ans après la séquence électorale de 2020, la question d’un reflux de la vague verte mérite d’être posée à l’aune des indicateurs disponibles.
— Un désalignement rétrospectif vis-à-vis du choix fait en 2020 s’avère tout d’abord très fort dans les communes tenues par les écologistes : la proportion d’électeurs regrettant d’avoir voté pour leur maire est trois fois plus élevée chez les électeurs de maires EELV ou divers écologistes (30 %) que la moyenne nationale : 13 % en moyenne dans les 35 000 communes métropolitaines.
— Rarement observé pour des partis aussi éloignés de l’action gouvernementale, ce fort sentiment d’amertume fait des maires écologistes les plus menacés d’un vote sanction : à peine un électeur sur quatre (24 %) résidant dans des villes dirigées par des exécutifs écologistes souhaite leur reconduction, soit deux fois moins que la moyenne nationale (55 %).
— Cette tendance nationale défavorable aux Écologistes se retrouve dans la plupart des enquêtes locales préélectorales. Sur les six villes actuellement dirigées par des maires issus ou proches du parti écologiste, quatre enregistrent un recul des intentions de vote par rapport au premier tour de 2020 (ex. : -8 points à Strasbourg, -5 points à Lyon, -4 points à Annecy…). On note également une tendance à la baisse dans des villes où ils occupaient une position forte (-6 points à Lille, -9 points à Dijon…).
💡Le point de vue de François Kraus pour Terram : « La « vague verte », la fin d’un artefact conjoncturel ? L’interprétation des dynamiques en cours invite à revisiter la « vague verte » de 2020. Celle-ci s’était déployée dans un contexte exceptionnel : abstention record au premier tour, climat anxiogène lié à la pandémie, surreprésentation d’un électorat urbain, diplômé et fortement mobilisé sur les enjeux environnementaux. En 2026, avec une participation attendue autour de 60%, la structure sociologique du corps électoral se normalise. La base écologiste, plus concentrée dans certains segments urbains spécifiques, se trouve mécaniquement diluée dans un électorat élargi. »
👉 « Tous contre LFI » ? Ampleur et limites du tournant communaliste de Jean-Luc Mélenchon
Alors qu’elle avait « enjambé » les élections municipales de 2020, LFI a nettement plus investi ce scrutin en multipliant les listes autonomes au 1er tour. Mais si les indicateurs confirment une réelle dynamique nationale, ils montrent aussi les limites de sa stratégie au second tour.
— La dynamique favorable à LFI observée à l’échelle nationale via l’indicateur de souhait de victoire (+5 points en six ans) se confirme dans les villes de plus de 100 000 habitants, signe que son tournant communaliste n’infuse pas que dans les banlieues populaires. Dans la douzaine de villes où l’offre politique demeure comparable à celle de 2020, la progression des listes LFI apparaît nette : +5 points en moyenne, pour un score avoisinant désormais 13 %. Sur l’ensemble de la vingtaine de grandes villes étudiées, la moyenne des intentions de vote en faveur des listes LFI s’établit à 12,5 %. Certains cas illustrent particulièrement cette dynamique. À Rouen, la liste insoumise est créditée de 18 %, soit 14 points de plus qu’en 2020. Strasbourg (+7 points, 10 %), Lille (+7 points, 16 %) ou Dijon (+6 points, 11 %) confirment également cette progression.
— Pour une formation dont le leader avait dépassé les 30 % dans 23 villes de plus de 100 000 habitants lors de la dernière présidentielle, ces tendances n’en restent pas moins décevantes. Sa direction se contente d’ailleurs d’ambitions très limitées (ex. : Roubaix, La Courneuve et Évry) et aucun sondage local ne laisse, pour l’heure, supposer la moindre victoire.
— LFI est en effet aujourd’hui le parti dont la victoire est la plus redoutée : 36 % des votants craignent sa victoire dans leur commune, contre 31 % pour celle du RN.
💡Le point de vue de François Kraus pour Terram : « (…) l’écart entre les performances présidentielles (…) et les intentions de vote municipales demeure marqué. Cette décote ne tient pas à un déficit d’investissement – l’implantation de 2026 est sans commune mesure avec celle de 2020 – mais à une constante des scrutins locaux : l’abstention différentielle touche d’abord les électorats fortement politisés sur des enjeux nationaux. En conséquence, si les listes LFI franchissent fréquemment le seuil de 10% leur permettant de se maintenir, leurs réserves de voix apparaissent limitées, rendant toute dynamique de victoire difficile…. »
👉La droite et l’héritage du macronisme… Un optimisme à l’échelle nationale qui ne se retrouve pas dans la « France des métropoles »
Au-delà des éléments relatifs aux enjeux du scrutin, plusieurs indicateurs nationaux laissent à penser que le contexte est plutôt favorable à la droite et au centre droit, notamment dans ces villes de 10 000 à 100 000 habitants où ils sont en position dominante.
— D’abord, le regain de mobilisation semble a priori favoriser le retour aux urnes d’électorats traditionnellement ancrés à droite et au centre. En effet, l’étude montre une très nette remobilisation des électeurs âgés (+22 points, à 72 %) et/ou résidant dans des banlieues aisées (+27 points, à 62 %), qui avaient déserté les urnes il y a six ans en raison des risques sanitaires. À l’inverse, ce regain général de participation (+15,5 points en moyenne) s’annonce plus faible dans des segments plutôt à gauche, comme les jeunes (+9 points, à 39 %), les électeurs des banlieues populaires (+10 points, à 52 %) et ceux des villes-centres des agglomérations (+12 points, à 59 %).
— Ensuite, le désir de reconduction s’annonce davantage favorable aux maires de droite (LR, DVD) : 59 % des électeurs ayant un maire de droite souhaitent sa reconduction, contre 52 % chez les électeurs résidant dans une commune dirigée par la gauche ou le centre gauche. Or, cet écart peut peser dans des configurations serrées.
— Longtemps portée par le centre, la rhétorique du maire gestionnaire au-dessus des partis gagne aussi du terrain dans les esprits : 58 % des électeurs se détermineront en fonction de la personnalité des candidats, contre 42 % en fonction de leur orientation politique. Or, l’apolitisme municipal, en localisant les enjeux, permet de désamorcer une logique de nationalisation du scrutin qui peut se faire aux dépens des forces associées à un gouvernement impopulaire.
— Enfin, dans un contexte où la coalition au pouvoir manque d’incarnation pouvant servir de « punching-ball » à l’échelon local, la logique de « vote sanction » s’annonce dans la moyenne des scrutins précédents : seuls 23 % des votants déclarent vouloir sanctionner l’exécutif national par leur vote municipal, soit un niveau équivalent à celui mesuré en 2014 (23 %) ou en 2008 (20 %). À l’inverse, le désir de localisation du scrutin reste très majoritaire, avec deux votants sur trois (66 %) qui déclarent se prononcer en fonction de considérations locales.
— Cette dynamique nationale favorable à la droite ne se retrouve toutefois pas de manière évidente dans les grandes villes. La lisibilité des évolutions est d’ailleurs compliquée par les recompositions partisanes. Néanmoins, si l’on considère la tendance générale qui se dégage des sondages locaux, le constat apparaît peu favorable dans les villes où les maires sortants sont associés au bilan du macronisme.
💡Le point de vue de François Kraus pour Terram : « Après la double séquence électorale de 2024 qui a fragilisé le « bloc central », le scrutin de mars pourrait exposer les maires identifiés, même de manière indirecte, au macronisme à un risque accru de sanction, en particulier dans les grandes villes où la politisation est plus forte. La baisse du souhait de victoire en faveur du parti présidentiel au niveau national, combinée à des intentions de vote en retrait pour plusieurs candidats du centre et de la droite modérée, constitue à cet égard un signal défavorable. Dans les villes moyennes et les territoires moins politisés, la capacité des maires divers centre, divers droite ou LR à se maintenir dépendra largement de leur aptitude à territorialiser l’enjeu et à personnaliser la compétition.»
Situées à un an de l’élection présidentielle, les élections des 15 et 22 mars 2026 seront spontanément interprétées par de nombreux observateurs comme un « match-test » avant 2027. Cette lecture vaut tout particulièrement pour les formations radicales aujourd’hui exclues de la gestion des exécutifs municipaux (LFI ou le RN) qui (…) ne peuvent qu’espérer engranger des élus supplémentaires. Pourtant, notre enquête suggère que les électeurs continueront majoritairement à fonder leur choix sur des variables locales : le projet proposé, le bilan de l’équipe sortante, la personnalité des têtes de liste. Les considérations explicitement idéologiques (l’étiquette partisane, le soutien ou la sanction du gouvernement) apparaissent moins revendiquées, même si elles peuvent structurer en arrière-plan une partie des comportements. L’analyse détaillée des données met ainsi en lumière une tension structurelle entre logique locale et logique nationale. Le scrutin devrait une nouvelle fois fonctionner à deux vitesses : dans les petites et moyennes communes, l’ancrage des sortants et la proximité personnelle domineront largement ; dans les grandes villes, la politisation sera plus marquée et les résultats feront inévitablement l’objet d’extrapolations nationales.
La dynamique en faveur du RN apparaît d’autant plus forte qu’elle va de pair avec une physionomie programmatique du scrutin empruntant des thèmes chers à la droite radicale. Mais une dynamique d’opinion favorable aux droites ne se traduira pas nécessairement par un basculement massif des grandes villes. (…) Le maintien fréquent de listes RN pourrait réduire les reports vers les listes de droite ou du centre et accroître mécaniquement les chances de la gauche dans certaines configurations. Certes, le maintien de listes LFI peut aussi pénaliser des exécutifs de gauche, mais l’effet est potentiellement moindre compte tenu du nombre plus limité de candidatures insoumises, d’un socle électoral moyen plus restreint et de la possibilité évoquée de « fusions techniques » (…).
En définitive, ces élections municipales offriront sans doute un baromètre utile du climat politique mais elles ne constitueront pas pour autant une primaire grandeur nature de l’élection présidentielle. (…) Les municipales relèvent d’une autre grammaire électorale : autre mode de scrutin, autre temporalité, autre logique de mobilisation. Elles permettent d’identifier des tendances et des dynamiques, mais non d’anticiper un verdict national. L’expérience historique, de 1977 à 2020, rappelle que les municipales obéissent à leurs propres ressorts et que la présidentielle répond à une logique spécifique : celle de la rencontre entre un candidat, un contexte et un pays à un instant donné. La prudence s’impose donc. Elle s’impose toujours, en matière électorale.
François Kraus, directeur du pôle Politique / Actualités de l’Ifop
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