Le rapport des salariés du transport et de la logistique aux défis technologiques et environnementaux

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30.01.26

  • Ifop Opinion
  • FR

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L’intelligence artificielle est adoptée de manière contrastée dans le secteur du transport et de la logistique. Si près de la moitié des salariés y a déjà eu recours, l’usage demeure socialement et géographiquement clivé, s’imposant davantage auprès des cadres, des jeunes actifs et des salariés franciliens. Le déploiement au sein de l’entreprise apparaît encore relativement limité, révélant un retard d’équipement, voire une méconnaissance des initiatives internes.

Dans l’absolu, près de la moitié des salariés du secteur du transport et de la logistique déclare avoir déjà eu recours à l’intelligence artificielle dans le cadre de son travail (48%). Dans le détail, seul 1 salarié sur 6 utilise l’IA de manière régulière ou quotidienne (17%), notamment les cadres et professions intellectuelles supérieures (38%, +21 pts) et les moins de 35 ans (36%, +19 pts). À l’inverse, la majorité des salariés du secteur du transport et de la logistique déclare n’avoir jamais eu recours l’intelligence artificielle (52%).

S’agissant du déploiement de l’IA au sein de l’entreprise, 2 salariés sur 10 déclarent que leur entreprise a d’ores et déjà intégré l’IA à travers la mise en place de projets ou d’outils (20%) – une proportion plus élevée parmi les cadres (50%), les salariés des grandes entreprises (34%) et ceux de l’agglomération parisienne (32%).

 

Globalement, l’IA génère davantage d’effets positifs que négatifs, mais ses bénéfices restent cantonnés à la performance : la qualité de vie au travail, le bien-être et l’équilibre professionnel apparaissent inchangés.

Les salariés ayant recours à l’intelligence artificielle au moins de temps en temps dans le cadre de leur travail, ou dont l’entreprise a déjà déployé des projets ou outils d’IA (soit 38% de l’échantillon) estiment que l’IA exerce davantage d’effets positifs que négatifs sur leur vie professionnelle. Les effets positifs perçus se concentrent avant tout sur la performance et la productivité. Dans le détail :

  • Près d’un salarié sur deux estiment que l’intelligence artificielle a un impact positif sur son efficacité au travail (48%) ;
  • 41% sur le rythme de travail et de la rapidité d’exécution de certaines tâches ;
  • Et 40% sur le contenu de leur travail et les tâches confiées

L’usage de l’intelligence artificielle n’a toutefois pas transformé leur vécu professionnel – son impact apparaissant neutre sur les aspects liés à la qualité de vie au travail.

Finalement, une majorité de salariés (56%) du secteur du transport et de la logistique estime que l’intelligence artificielle a au moins un impact positif sur l’organisation du travail et la performance, tandis qu’une minorité considère qu’elle exerce un effet favorable sur le contenu et l’intérêt du travail ainsi que sur le bien-être et l’équilibre professionnels (respectivement 48% et 40%).

 

L’image favorable de l’IA est indexée sur la familiarité des salariés avec cet outil : les utilisateurs réguliers lui sont très favorables, tandis que près de la moitié des autres en a une perception négative. Si l’IA est avant tout associée au progrès, l’inquiétude l’emporte nettement sur l’enthousiasme : les salariés redoutent le remplacement et la déshumanisation du travail.

Une courte majorité des salariés du secteur du transport et de la logistique déclare avoir une bonne image de l’intelligence artificielle (53%, dont 7% en ont une très bonne image). Par ailleurs, le développement de l’intelligence artificielle est largement associé à un sentiment de progrès (72%), bien que plus d’un quart des salariés y perçoit toutefois une régression (28%).

Pour autant, l’inquiétude (65%, -6 pts chez les cadres et professions intellectuelles supérieures) l’emporte nettement sur l’enthousiasme (35%), traduisant une vigilance marquée face aux transformations induites par l’IA. Cette réserve se manifeste également dans la manière dont les salariés du secteur du transport et de la logistique perçoivent ses effets sur le travail : l’intelligence artificielle est davantage associée au remplacement et à la déshumanisation (63%) qu’à la productivité et à la performance (37%). Enfin, une courte majorité considère l’IA comme une menace (51%) plutôt qu’une opportunité (49%), confirmant que, si son potentiel de progrès est reconnu, son développement suscite encore des appréhensions quant à ses impacts sociaux et professionnels.

 

Les salariés du secteur du transport et de la logistique reconnaissent les bénéfices potentiels de l’IA (allègement de la pénibilité, amélioration de la qualité de service, sécurité accrue), mais la défiance domine : menace pour leur autonomie, anticipation des suppressions de postes… Face à ces craintes, une large majorité réclame un dialogue social pour encadrer son déploiement en entreprise.

Pour 7 salariés sur 10, l’IA constitue un levier pour alléger la charge de travail et réduire la pénibilité de certaines tâches (71%), mais également pour améliorer la qualité du service rendu aux clients en matière de fiabilité, de rapidité et de précision (71%). Par ailleurs, l’IA apparaît comme un outil susceptible de renforcer la sécurité dans les opérations de transport et de manutention (63%), tout en offrant l’opportunité d’acquérir de nouvelles compétences et de découvrir de nouveaux métiers (61%). La majorité des salariés estime également que l’IA pourrait contribuer à rendre le secteur du transport et de la logistique plus attractif et plus moderne (58%).

Néanmoins, 8 salariés sur 10 estiment que l’intelligence artificielle profitera davantage aux entreprises plutôt qu’aux salariés (80%, dont 31% “tout à fait d’accord”), 7 sur 10 la considèrent comme une menace directe pour leur autonomie et leur savoir-faire (71%, dont 29% « tout à fait d’accord »), et près de deux tiers anticipent la disparition d’une partie des postes au sein de leur secteur d’activité (64%, dont 25% « tout à fait d’accord »). Enfin, la défiance s’étend jusqu’au mode de déploiement de l’intelligence artificielle : 3 salariés sur 5 déclarent ainsi se sentir préoccupés par le fait de ne pas maîtriser l’usage qui sera fait de l’IA au sein de leur organisation (61%).

 

Les salariés du secteur du transport et de la logistique attendent prioritairement des syndicats qu’ils garantissent la protection de l’emploi et des conditions de travail face à l’IA, en prévenant les suppressions de postes et l’intensification du travail. Ils appellent également de leurs vœux un dialogue social et une gouvernance participative à travers une communication claire et régulière sur les projets technologiques et leurs impacts potentiels.

Les salariés du secteur du transport et de la logistique expriment avant tout une attente forte à l’égard des syndicats en matière de protection de l’emploi et des conditions de travail (69%, dont 48% le citent en premier). En effet, près d’un salarié sur deux souhaite que les organisations syndicales veillent à ce que l’introduction de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies ne se traduise pas par des suppressions de postes non accompagnées (45%, dont 28% le citent en premier). Plus d’un tiers attend qu’elles négocient d’une part, les évolutions des conditions de travail afin d’éviter toute intensification du travail ou dégradation du climat social (35% ; +14 pts pour les employés), et d’autre part, les impacts sur les salaires et les statuts afin de s’assurer que les gains de productivité liées aux nouvelles technologies profitent également aux salariés (30%).