Baromètre 2026 de l’épargne en France et en régions – Vague 8

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15.06.26

  • Groupe Ifop
  • Ifop Opinion
  • FR

12 min de lecture

L’Ifop a réalisé avril 2026 la vague 8 du Baromètre de l’épargne en France et en régions pour son partenaire Altaprofits. L’évolution des comportements d’épargne, la retraite et l’investissement dédié au financement de la défense nationale y sont abordés.

 

 

I – LE COMPORTEMENT D’ÉPARGNE DES FRANÇAIS EST INCHANGÉ MALGRÉ DES SIGNAUX RÉVÉLATEURS
D’UN ENVIRONNEMENT CONJONCTUREL FRAGILISÉ


 

En termes de placement d’argent, de fréquence et de type de produits d’épargne : 81 % de Français déclarent placer de l’argent sur leurs produits d’épargne, 62 % le font au moins une fois tous les six mois, dont 37 % au moins une fois par mois, ces proportions sont stables depuis 2020.

On note que la fréquence mensuelle concerne plus particulièrement les hommes de moins de 35 ans (50 %) et les catégories les plus aisées financièrement (en premier lieu, les classes moyennes supérieures à hauteur de 51 % avec au moins 2 262 € de revenus mensuels par personne au foyer).

Parmi ceux ayant déclaré posséder au moins un produit d’épargne (95 % de l’échantillon), la frilosité à l’égard des placements à risque constitue toujours un invariant : plus des trois quarts (79 %) déclarent avoir recours à des produits sans risque, même avec un faible rendement. Si ce résultat est similaire à 2025, ce taux est en augmentation de + 3 points par rapport à 2024 et de + 4 points versus 2023. Premier signal : une prudence qui se renforce encore probablement liée aux turbulences économiques et géopolitiques.

Les femmes sont les plus concernées (83 % contre 74 % pour les hommes), aussi bien celles de moins de 35 ans (85 % contre 64 % pour les hommes) que celles de plus de 35 ans (83 % pour 76 % d’hommes), les retraités (83 %) ; les catégories modestes avec des revenus mensuels inférieurs à 1 608 € par personne au foyer (85 %) également.

À l’inverse, 18 % des épargnants continuent de privilégier des produits « un peu risqués » avec un rendement espéré plus important (stable), tandis qu’à peine 3 % des épargnants déclarent avoir recours à des produits risqués avec une chance d’obtenir un rendement important, un chiffre en baisse régulière avec 1 point de moins par an depuis 2023, soit – 3 points versus avril 2023.

Deux placements continuent de dominer largement le comportement d’épargne des Français : les livrets réglementés (Livret A, LDDS, PEL, …) pour 3 épargnants sur 4 (75 %, stable versus 2024), malgré les baisses successives du taux servi depuis février 2025, et, dans une moindre mesure, un contrat d’assurance vie ou de capitalisation pour plus d’1 épargnant sur 4 (27 %, + 3 points par rapport à 2025). 14 % font le choix d’épargner dans un Plan Épargne Retraite (PER),

13 % dans un Plan Épargne en Actions (PEA), 2 % dans des Sociétés Civiles de Placement Immobilier (SCPI) ; d’une année sur l’autre, ces taux sont stables.

Second signal du contexte dégradé : pour la deuxième année consécutive, on observe que 13 % des sondés font le choix de laisser tout leur argent sur leur compte courant (soit un bond de + 7 points versus 2024), un choix révélateur d’une position attentiste forte dans un environnement d’incertitudes. En particulier, les 65 ans et plus (15 %), les retraités (16 %), les retraités CSP- (19 %).

 

II. LA RETRAITE DANS UN CONTEXTE DE BAISSE MAJEURE DU POUVOIR D’ACHAT


LES ACTIFS COMPTENT DE PLUS EN PLUS EXCLUSIVEMENT SUR LE SYSTÈME DE RETRAITE PAR RÉPARTITION

  • Dans leur grande majorité, les actifs français anticipent une baisse de leur niveau de vie au moment de la retraite,
    bien qu’ils ne connaissent pas le montant qu’ils percevront pour la plupart :
    Si 7 actifs sur 10 (70 %) ne connaissent pas le montant qu’ils percevront au moment de la retraite, dont 44 % qui déclarent l’ignorer tout à fait (scores très stables depuis avril 2023), ils sont tout autant voire plus à anticiper une baisse de leur niveau de vie (75 %, un score en hausse de 3 points versus avril 2025 et de + 6 points versus novembre 2024), tandis que seuls 4 % estiment que leur niveau de vie pourrait augmenter (score stable) et 21 % qu’il devrait rester stable (- 2 points versus 2025 et – 5 points versus 2024).
    Derrière ce glissement vers un niveau de vie revu à la baisse, force est de constater que les actifs témoignent d’un état d’esprit de plus en plus pessimiste sur le sujet. Cette crainte d’une baisse de revenus concerne plus particulièrement les 50-64 ans (82 %), c’est-à-dire ceux pour qui l’horizon temps de la retraite se rapproche, les femmes de 35 ans et plus (80 %) ainsi que les célibataires avec enfant(s) à charge (86 %), qui constituent traditionnellement les catégories les plus fragilisées économiquement.
  • Dans ce contexte pessimiste quant à l’avenir, les actifs sont plus nombreux qu’en 2025 à compter exclusivement sur le système de retraite par répartition pour assurer la totalité de leurs revenus à la retraite :
    La part des actifs envisageant de s’appuyer exclusivement sur le système de retraite actuel connaît une remontée substantielle en 2026, inversant la tendance baissière observée en 2025. Ils sont désormais 43 % à estimer que leurs revenus proviendront en totalité du système de retraite par répartition (un score qui enregistre une hausse de + 15 points par rapport à avril 2025). Les femmes de 35 ans et plus sont ici plus nombreuses cette année que les hommes à compter uniquement sur le système de retraite par répartition et par rapport à 2025 (51 % de femmes, + 18 points versus 2025, contre 48 % d’hommes, + 15 points par rapport à 2025). La catégorie pauvre des actifs (moins de 1080 € de revenu mensuel) est la plus concernée (57 %, + 19 points en comparaison à 2025), et les ouvriers (55 %, + 16 points versus 2025). Enfin, ce sont surtout ceux qui épargnent moins d’une fois par an, voire jamais qui sont les plus représentés (64 %, + 17 points versus 2025).
    Ainsi, mécaniquement, les actifs sont moins nombreux que l’année dernière à envisager que leurs revenus pourraient majoritairement provenir du système de retraite par répartition actuel avec un complément par capitalisation issu de leur épargne ou de leurs placements financiers ou immobiliers (39 %, – 8 points par rapport à 2025), et à considérer que leurs revenus pourraient provenir à parts égales de leur pension de retraite et de leurs placements (9 %, – 6 points). Ces deux réponses retrouvent un niveau proche des résultats de 2024, après la hausse qu’elles avaient
    connue en 2025.

UNE FRANCE DIVISÉE EN TROIS SUR L’AVENIR DE LA RÉFORME DES RETRAITES 2023 ACTUELLEMENT SUSPENDUE

La réforme des retraites 2023 était destinée à remédier au déséquilibre démographique de façon à pérenniser le système de retraite français (en particulier, en reculant l’âge légal de départ à la retraite de 62 ans à 64 ans à horizon 2030). Elle a été suspendue provisoirement dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale 2026 jusqu’à l’élection présidentielle 2027. Interviewés quant à son devenir, les Français se divisent en trois blocs assez équilibrés, sans majorité claire :

37 % des Français souhaitent qu’une autre réforme soit envisagée – différente de celle initiée en 2023 –, 34 % voudraient que la réforme soit purement et simplement abrogée et 29 % estiment qu’il faudrait appliquer la réforme telle que prévue initialement.

Les 18-24 ans sont ici parmi les plus nombreux à souhaiter que soit envisagée une autre réforme (44 %), tandis que la demande d’abrogation est portée par les moins de 35 ans (39 %) et par particulièrement les profils populaires : les ouvriers (45 %), les catégories pauvres (41 %). L’adhésion à l’application de la réforme est quant à elle plus forte chez les retraités CSP+ (47 %), les 65 ans et plus (40 %), les hommes de 35 ans et plus (32 %) et les catégories aisées (43 %).

Parmi les 37 % de Français souhaitant une réforme différente, une majorité claire émerge sur les leviers à privilégier :

– 63 % soutiennent l’idée de cotiser davantage durant la vie active pour augmenter les recettes sans toucher à la durée de cotisation – une option clairement privilégiée notamment par les plus jeunes (le taux monte à 67% pour les moins de 35 ans, et même à 74% pour les 18-24 ans).
– À l’inverse, 32 % des Français pensent qu’il faudrait travailler plus longtemps pour tenir compte de l’allongement de l’espérance de vie et pour augmenter le nombre d’actifs qui cotisent ; cette option est particulièrement soutenue par les 65 ans et plus (50 %) et, en particulier, par les retraités CSP+ (54 %). Ces 2 segments peuvent être considérés comme neutres, puisque non concernés à titre personnel par une éventuelle réforme.
– Enfin, l’option d’une baisse de niveau des pensions de retraite pour inciter à capitaliser par eux-mêmes pour leur future retraite est rejetée par 82 % des Français ; cette dernière option constituant plutôt l’apanage des catégories déjà privilégiées économiquement : les cadres et professions intellectuelles supérieures (29 %), les hauts revenus (33 % avec mensuellement plus de 3 652 € de revenu par personne au foyer) et les plus diplômés (31 % pour les 2e et 3e cycles).

III – LE FINANCEMENT DE LA DÉFENSE NATIONALE N’INTÉRESSE TOUJOURS QU’UNE MINORITÉ DE FRANÇAIS EN DÉPIT D’UNE LOGIQUE DE RÉARMEMENT POUR LA SÉCURISATION DES NATIONS PARTOUT EN EUROPE


 

La première mesure d’opinion sur le thème de la défense a été faite lors de la vague d’avril 2025, alors que les discours sur la nécessité du réarmement européen se développaient et que l’État français annonçait le projet de création d’un fonds dédié.

Le fonds Bpifrance Défense S.L.P. a été lancé en octobre 2025. Depuis, l’environnement géopolitique s’est encore dégradé avec notamment la guerre au Moyen-Orient. Dans ce contexte, la deuxième mesure sur le thème de la défense montre que l’attrait des Français pour l’investissement au profit de la défense nationale n’a pas évolué par rapport aux mesures d’avril2025.

Seuls trois Français sur dix sont prêts à investir une partie de leurs économies dans des fonds d’investissement ou des produits d’épargne destinés au financement de la défense nationale (30 % dont 5 % « certainement »), un score qui se révèle particulièrement stable par rapport à l’année dernière. On retrouve parmi les plus enclins à investir les hommes (39 %), en particulier ceux de moins de 35 ans, les 18-24 ans (41 %), les cadres et professions intellectuelles supérieures (44 %), les diplômés du supérieur (39 % des 2e et 3e cycles) et les Français à partir du revenu des classes moyennes supérieures (à compter de 2 262 € de revenu mensuel par personne au foyer, 38 %).

À l’inverse, parmi les 70 % de Français qui sont plutôt réfractaires à investir dans des fonds d’investissement ou des produits d’épargne dédiés à la défense nationale (stable), 44 % le justifient par des raisons politiques, éthiques ou morales (quasi-stable, soit + 2 points versus 2025) : près d’un quart (24 %) considèrent avant tout ce financement comme une prérogative devant relever exclusivement de l’État et des impôts, tandis que 15 % mentionnent l’idée selon laquelle financer l’économie de la défense va à l’encontre de leurs principes éthiques et que 5 % estiment que cela n’est pas compatible avec une politique Environnementale, Sociale et de Gouvernance (ESG).

En parallèle, 40 % mettent en avant des raisons économiques ou financières (stable) : 18 % craignent une trop grande prise de risque, 12 % estiment que ce type de produits ne correspond pas à leurs attentes en termes de durée de placement ou de montant minimal d’investissement, 6 % doutent du rendement et 4 % n’ont pas les moyens, d’investir dans de tels fonds.

Enfin, 12 % des réfractaires ne citent aucune raison particulière.

 

 

Retrouvez l’ensemble des résultats au format PDF dans les documents à télécharger.

Les résultats de la vague 7 sont disponibles ici :

Baromètre de l’épargne en France et en régions – Vague 7

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