« Percée historique de LFI » aux yeux de Jean-Luc Mélenchon, « pari stratégique réussi » pour Médiapart, « victoire indéniable » pour les commentateurs de plateaux comme Isabelle Saporta sur LCI… Le soir du 15 mars, l’annonce des bons scores insoumis dans les grandes métropoles a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le paysage politique français. En quelques heures à peine, un récit s’est imposé dans les rédactions : celui d’une gauche radicale en pleine reconquête, remise en selle quelques mois tout juste après le drame de Lyon et les sorties nauséabondes de son leader, qui auraient dû pour beaucoup la reléguer aux marges du jeu électoral. Mais cette victoire politique est-elle réellement adossée à une victoire électorale ?
Quelle est l’ampleur réelle de la poussée insoumise au 1er tour ? Peut-on vraiment donner une envergure nationale à la poignée de listes insoumises ayant dépassé le seuil des 20% ? Ces municipales signent-elles un rééquilibrage au sein de la gauche en faveur de La France insoumise ?
Réalisée à partir des données du ministère de l’Intérieur, cette analyse pour le Figaro et la Fondation Jean Jaurès montre que :
👉 Avec une présence limitée à seulement 247 communes en métropole, les candidats de La France insoumise n’ont recueilli que 2,6% des voix à l’échelle de l’ensemble des communes métropolitaines.
👉 Et si l’on mesure leur score dans les seules villes où LFI s’est présentée cette année, les listes insoumises affichent une moyenne de 12,4%, soit nettement en deçà des scores mesurés dans ces mêmes communes lors de dernières élections européennes (18,4% en 2024) ou du dernier scrutin présidentiel de 2022 (31,6%.).
👉 Dans les rares communes (35) où l’on peut comparer les résultats de ce premier tour au précédent scrutin municipal qui a vais été « enjambé » par le parti à l’époque, le score LFI n’en a pas moins doublé en six ans, passant de 6,2% en 2020 à 13,7% en 2026.
👉 Mais au regard du niveau d’intentions de vote à l’élection présidentielle mesuré actuellement pour Jean-Luc Mélenchon – situé autour de 11 à 12% selon l’étude Ifop-Le Figaro du 26 au 27 février 2026 –, cette performance de 12,4% n’apparaît pas particulièrement forte dans des villes très favorables au mélenchonisme.
👉 Seules trois grandes métropoles ont voté à plus de 20% pour une liste insoumise : Toulouse (28%), Limoges (25%) et Lille (23%). Ses scores significatifs dans des grandes villes comme Avignon (19%), Rennes (19%), Clermont-Ferrand (17%), Brest (15%) ou Montpellier (15%) sont insuffisants pour y rêver d’une quelconque victoire sur son nom propre.
👉 Dans ses affrontements directs avec les forces de la gauche traditionnelle, les
listes de la France Insoumise arrivent globalement loin derrière. Là où la gauche (PS-LE-PC) est unie comme par exemple à Paris, Lyon, Marseille, le score des listes LFI oscillent autour de 12%, contre 30% pour les autres forces de gauche
👉 L’essentiel de ses bons résultats se sont concentrés dans des banlieues populaires très favorables au mouvement au regard de leurs caractéristiques sociologiques et culturelles : six des dix meilleures performances électorales du mouvement ont eu lieu dans des banlieues pauvres.
👉 LFI n’est arrivé en tête au premier tour que dans 5 communes – Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Roubaix (Nord), Étampes (Essonne), La Courneuve (Seine-Saint-Denis), Saint-Fons (Rhône) –, soit dix fois moins que le RN (53).
👉 In fine, la formation de Jean-Luc Mélenchon n’a obtenu qu’un élu au premier tour – contre 24 au RN et ses alliés et environ 350 au PS et ses alliés – et ses 2 maires sortants, à Faches-Thumesnil (39,9%) et à Grabels (34,7%), n’abordent pas le second tour en position favorable.
Vous pouvez retrouver l’intégralité de cette analyse sur le site de la fondation Jean-Jaurès
Vous pouvez retrouver un résumé sur le site du Figaro