A l’heure où ChatGPT s’apprête à autoriser des conversations explicites à ses 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires, l’Ifop a réalisé pour Gleeden une vaste enquête faisant un premier état des lieux des usages sexuels et affectifs de l’intelligence artificielle en France. Menée auprès d’un échantillon national représentatif de 2 600 Français(es), cet « Observatoire Gleeden des usages sexuels de l’IA » met en exergue le nombre croissant de Français(es) entretenant des relations amoureuses et érotiques avec une intelligence artificielle mais aussi et surtout le caractère addictif de ces plateformes : le phénomène n’étant pas sans risque de dépendance affective aux dires de leurs propres utilisateurs… Il est vrai que dans un contexte marqué par l’explosion de l’usage de l’IA dans la vie quotidienne des Français, ceux-ci ne limitent pas son utilisation à des fins masturbatoires mais l’intègrent dans tout un ensemble de pratiques – stratégies de séduction, gestion des relations et des vulnérabilités personnelles, santé sexuelle… – au point qu’elle peut prendre une place sans commune mesure dans leur vie intime…
A – Des usages sexuels et affectifs de l’IA non sans risque élevé d’addiction ou de tensions conjugales
1 – La majorité des Français(es) ayant utilisé un chatbot compagnon au cours de leur vie (53%) admettent avoir déjà été dépendant(e)s à ce type d’interactions romantiques, l’impression d’en être devenu « addict » étant à peu près aussi forte chez les hommes (54%) que chez les femmes (49%);
2 – Les conversations érotiques ou pornographiques avec une IA sont aussi reconnues comme une source d’addiction par plus d’un tiers des personnes (38 %) en ayant déjà fait l’expérience, tout particulièrement par les jeunes hommes de moins de 35 ans (52%) qui sont toujours les plus en quête de nouveaux supports à vocation masturbatoire.
3 – L’essor de ce type de fonctionnalités est aussi source de tensions et de malaise au regard de leur impact sur la vie de couple : près de la moitié des utilisateurs qui ont déjà eu des interactions à caractère érotique avec une IA admettent qu’ils auraient déjà préféré se masturber virtuellement, plutôt que d’avoir un vrai rapport sexuel avec leur partenaire (46%).
B – Les usages sexuels de l’IA sont pour l’instant minoritaires dans l’ensemble de la population mais ils devraient grimper en flèche dans les années à venir au regard de leur intégration déjà importante dans la vie intime des jeunes
4 – Si les conversations érotiques avec une IA (8%) ou les interactions romantiques avec un chatbot (6%) restent des expériences encore rares chez l’ensemble des Français, elles ont déjà pris une place significative dans la vie intime des jeunes générations, notamment chez les hommes de moins de 35 ans qui sont près d’un sur cinq à en avoir déjà fait l’expérience (19% à 21%).
5 – Il est vrai que les échanges avec l’IA à caractère pornographique sont encore avant tout circonscrits à un public jeune et masculin : les jeunes hommes de moins de 35 ans étant, et de loin, les plus adeptes de l’IA pour des jeux érotiques/masturbatoires avec des personnages sexy (19 %) ou l’avatar de personnalités (19%).
6 – Mais ce premier état des lieux des usages sexuels de l’IA a le mérite de montrer qu’elle ne sert pas que de nouveau support masturbatoire. Elle est en réalité déjà largement intégrée dans la vie intime de la GenZ pour d’autres motifs comme on peut le voir au regard du nombre significatif de jeunes de moins de 30 ans qui ont déjà utilisé l’intelligence artificielle à des fins de séduction (39%), à des fins relationnelles (44%) ou à des fins de conseils sexo ou d’éducation sexuelle (39%).
7 – Et dans ces domaines, ce sont parfois les jeunes femmes qui sont les plus en pointe si l’on en juge par exemple par la proportion de femmes qui l’utilisent pour les aider à traverser une période où elles n’ont pas le moral (28 % des femmes, contre 26 % des hommes) ou pour trouver des idées de cadeaux pour leur partenaire (33 % des femmes, contre 32 % des hommes).
C – Un potentiel de développement en devenir, notamment chez les jeunes hommes
8 – Chez l’ensemble des Français, le potentiel d’utilisation de l’IA à des fins de séduction est déjà significatif (40%), tout comme son potentiel est loin d’être négligeable à des fins de conseils sexo (35%) ou à des fins relationnelles (46%). Mais la disposition à utiliser l’intelligence artificielle à des fins sexuelles ou affectives est encore plus large chez les jeunes utilisateurs/trices, que ce soit à des fins de séduction (67 %), de conseils sexo (58 %) ou relationnelles (70 %);
9 – En revanche, le potentiel d’usage à des fins masturbatoires reste plus limité et très genré : un Français sur quatre utilisant l’IA (25%) se dit prêt à utiliser des IA à des fins pornographiques ou romantiques, contre 9% des Françaises, sachant que le potentiel de cet usage est particulièrement fort chez les hommes de moins de 35 ans (31%, contre 11% chez les femmes du même âge).
Le point de vue de Nicola Gaddoni de l’Ifop : Alors que les usages sexuels et affectifs de l’IA restent minoritaires, ils esquissent déjà une transformation profonde de l’intimité par le numérique. Portée surtout par les jeunes hommes, cette diffusion révèle une dynamique conjointement générationnelle et genrée. Mais l’essor de ces pratiques s’accompagne également de tensions : risques compulsifs, malaise face au brouillage des frontières entre relation humaine et relation numérique, et inquiétudes quant à l’impact sur la vie de couple. L’ensemble de ces éléments dessine un paysage intime en recomposition, où l’IA apparaît à la fois comme un outil d’exploration sexuelle, un soutien affectif et un objet de controverse sociale.
POUR CITER CETTE ETUDE, IL FAUT UTILISER A MINIMA LA FORMULATION SUIVANTE :
« Étude Ifop pour Gleeden réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 14 au 19 novembre 2025 auprès d’un échantillon national représentatif de 2 603 personnes âgées de 18 ans et plus.»