Polyamour, couple libre, relation exclusive… Les façons de nommer le couple se multiplient, mais que recherchent vraiment les jeunes Français dans leurs situations amoureuses ?
Derrière l’image d’une génération sexuellement décomplexée, cette enquête Ifop pour Nouslib dessine le portrait d’une jeunesse profondément attachée au couple, mais traversée par des désirs qui débordent allègrement le cadre : le fantasme sur un collègue ou un voisin, la nostalgie d’un ex, l’imagination de quelqu’un d’autre pendant l’amour ou encore aller voir ailleurs, sont des désirs et fantasmes qui nourrissent l’esprit des jeunes.
Réalisée auprès d’un échantillon national représentatif de 1 004 personnes âgées de 15 à 29 ans, l’étude dessine le portrait d’une génération toujours attachée au couple, mais lucide sur ses fragilités, et dont le désir, manifestement, refuse de rester enfermé. Si l’exclusivité demeure sur le papier une norme robuste, elle semble de plus en plus vécue comme un cadre conditionnel, négociable, régulièrement mis à l’épreuve par les tentations du quotidien et la richesse de l’imaginaire sexuel.
CHIFFRES CLÉS
- Le désir au bureau : un classique des interdits… très masculin
Le lieu de travail demeure le premier théâtre des attirances « interdites » : 46% des jeunes actifs reconnaissent avoir déjà été sexuellement attirés par un(e) collègue et 18% par leur supérieur(e) hiérarchique.
Mais cette attirance au bureau reste avant tout une affaire d’hommes : 56% des jeunes hommes de moins de 30 ans admettent avoir déjà fantasmé sur un(e) collègue, contre 35% des jeunes femmes. De même, 24% des hommes de moins de 30 ans ont déjà été sexuellement attirés par leur manager, contre 12% des femmes du même âge.
Le même clivage se retrouve partout où le désir s’invite dans la sociabilité ordinaire – l’ami(e) proche du conjoint (43% des hommes vs 23% des femmes), le voisinage (39% vs 13%) – dessinant une géographie du désir où les hommes franchissent, en pensée, toutes les frontières sociales.
- Le désir homosexuel : une fluidité qui déborde la norme hétérosexuelle beaucoup plus féminine
L’attirance pour une personne du même sexe est, elle, nettement plus féminine : 27% des jeunes femmes de moins de 30 ans avouent avoir déjà été sexuellement attirées par une autre femme, soit deux fois plus que ce que l’on mesure (14%) chez les hommes du même âge.
Mais c’est dans l’écart entre l’envie et le vécu que tout se joue. Chez les hommes, désir et expérience coïncident presque parfaitement (14% d’attirance, 14% d’expérience homosexuelle). Chez les femmes, le désir (27%) excède largement le passage à l’acte (18%) : près d’une jeune femme sur dix porte une attirance pour le même sexe qu’elle n’a jamais concrétisée.
La fluidité féminine, plus volontiers avouée, demeure pour partie une potentialité suspendue, quand l’homosexualité masculine, plus rare à se dire, se traduit plus directement en pratique.
- Les fantasmes inavoués : deux économies de la honte
Deux hommes sur trois (67%) et plus d’une femme sur deux (56%) admettent ne pas avoir osé exprimer à leur conjoint(e) un fantasme ou une envie sexuelle.
Interrogés sur le type de fantasme qu’ils n’ont jamais osé confier, les jeunes dévoilent des imaginaires fortement sexués. Les positions et pratiques sexuelles dominent (22%), mais sont deux fois plus citées par les hommes (29%) que par les femmes (14%), de même que le sexe oral (10% vs 4%), la sodomie (8% vs 3%) ou le fétichisme des pieds (7% vs 1%). Le rapport s’inverse sur le registre BDSM : les femmes y sont plus nombreuses (10% vs 7%), en particulier sur la soumission et le fait d’être dominée.
Surtout, 35% des femmes refusent purement et simplement de nommer leur fantasme (contre 21% des hommes). Deux économies de la honte se dessinent : les hommes verbalisent des désirs crus et corporels ; les femmes oscillent entre l’aveu de la soumission et le silence absolu.
- Un désir qui frustre : la peur du jugement, fardeau masculin
Si ces fantasmes restent muets, c’est qu’ils font peur : 57% des jeunes ont déjà été surpris, voire déstabilisés, par leurs propres désirs, un quart en a été franchement troublé.
Contre-intuitivement, ce sont les hommes qui taisent le plus (67% vs 56%), redoutent le plus le jugement du partenaire (42% vs 27%) et sont les plus déstabilisés par leur propre désir (61% vs 53%).
La virilité, supposée libre et conquérante, se révèle être la véritable charge mentale du fantasme : derrière l’assurance affichée, le jeune homme contemporain porte seul le poids de désirs qu’il juge inavouables.
- Le couple monogame, un modèle dominant mais contesté
Si la Gen Z adhère encore majoritairement à l’exclusivité, des fissures apparaissent dans des proportions plus significatives que chez les boomers : 36% des jeunes remettent en question le modèle du couple exclusif (contre 26% des boomers) et 22% le jugent « dépassé », exactement comme leurs aînés.
Cette remise en question est probablement l’un des enseignements majeurs de l’étude : pour plus d’un tiers des jeunes, l’exclusivité a cessé d’être un allant-de-soi pour devenir une option parmi d’autres, que l’on peut discuter, aménager ou comparer à d’autres façons de faire couple. Dans le même esprit, 31% refusent d’y voir le seul modèle capable de les rendre heureux.
Et chez les célibataires, 33% ne font pas de la mise en couple exclusif un projet important dans leur vie actuelle.
Loin d’un rejet du couple, cette contestation traduit moins une rupture qu’une renégociation de ses clauses : on reste attaché au lien, mais on se refuse à en faire un cadre intangible. Fait notable, les jeunes hommes se montrent ici un peu plus critiques que les jeunes femmes à l’égard du modèle exclusif.