Enquête sur le moral des enseignant·es du privé – Vague 2

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14.09.26

  • Ifop Opinion
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9 min de lecture

Un moral très dégradé chez les enseignant·es du privé : inquiétude, lassitude et forte tentation de quitter le métier

Parmi les adjectifs qui caractérisent le mieux leur situation professionnelle, les enseignant·es du privé confirment un moral dégradé. 96% citent un qualificatif négatif, contre seulement 39% un qualificatif positif. Dans le détail, l’inquiétude (53% des citations, dont 20% « en premier »), la lassitude (47%, dont 26% « en premier ») et l’impuissance (44%, dont 11% « en premier ») dominent très largement les registres d’enthousiasme (15%, dont 5% « en premier »), de satisfaction ou d’épanouissement (12%, dont 4% « en premier » tous deux).

Si la motivation apparaît majoritaire parmi les enseignant·es du privé — 67% se déclarant motivé·es —, seul·es 13% le sont « tout à fait ». Ce niveau de motivation varie sensiblement selon les profils : il atteint 73% chez les moins de 35 ans, mais recule à 63% chez les 50 ans et plus. Il s’érode également avec l’ancienneté, passant de 72% chez les enseignant·es ayant moins de 10 ans d’expérience à 65% chez celles et ceux qui en comptent 11 ans ou plus. Si le plaisir d’enseigner (45%) et le sentiment d’utilité (26%) demeurent les premiers ressorts de la motivation, celle-ci se heurte à des freins tels que la charge de travail (28%), la rémunération jugée insuffisante (26%), le manque de soutien institutionnel (25%), les mauvaises conditions matérielles de travail (20%), le niveau insuffisant des élèves (19%), un climat d’équipe dégradé (17%) et des relations difficiles avec les parents d’élèves (15%).

Dans le même temps, le travail affecte directement la santé mentale : 72% des enseignant·es du privé lui reconnaissent un impact négatif, un ressenti encore plus marqué chez les enseignant·es du primaire (78%) et les femmes (75%, contre 63% chez les hommes). Ce mal-être se traduit par une intention de quitter le métier pour deux enseignant·es du privé sur trois (67%), un score qui culmine à 77% chez les 35-49 ans. Parmi les raisons citées, la dégradation du système éducatif (43% des citations, dont 22% « en premier ») et la fatigue émotionnelle (40%, dont 21% « en premier ») devancent le salaire jugé insuffisant (36%, dont 18% « en premier »), signe que le désengagement dépasse la seule question matérielle.

Des conditions de travail qui pèsent de plus en plus lourdement sur le quotidien des enseignant·es

92% des enseignant·es du privé estiment que leur charge de travail a augmenté ces dernières années. Elle est accentuée par la prise en charge des élèves à besoins éducatifs particuliers, jugée alourdissante par 89% des enseignant·es. Cette charge de travail se traduit concrètement par un temps hors face-à-face élèves conséquent : en moyenne 6h30 par semaine pour la préparation des cours, 5h pour les corrections, 3h35 pour les outils numériques (Pronote), 3h pour le suivi des élèves, 2h30 pour la concertation en équipe, 2h10 pour l’animation de projets ou d’activités complémentaires, 1h40 pour les échanges avec les parents et 1h30 pour le bénévolat au service de l’établissement.

À cette charge s’ajoutent des pressions multiples et cumulatives. Plus de 8 enseignant·es du privé sur 10 ressentent une pression accrue liée à la place qu’occupent les familles (81%). Chez les enseignant·es du secondaire et des lycées agricoles, 74% ressentent une pression accrue liée aux résultats des élèves, aux examens et aux stages (77% chez les femmes contre 66% chez les hommes). En lycée agricole spécifiquement, 83% ressentent une pression liée aux attentes des CCF et des stages, et seul·es 58% estiment que leurs obligations réglementaires de service (face-à-face, concertations…) sont respectées. Au total, cette accumulation se traduit par un niveau de stress élevé : 75% des enseignant·es se déclarent stressé·es dans le cadre de leur travail et 81% chez les moins de 35 ans.

Sur le plan des moyens, deux tiers des enseignant·es (66%) considèrent disposer de ressources pédagogiques adaptées à leur enseignement, un chiffre qui recule à 58% en lycée agricole. Également, seul·es 52% jugent satisfaisants les équipements pédagogiques spécifiques mis à leur disposition (ferme pédagogique, atelier, matériel technique…), un jugement nettement plus sévère chez les hommes (31%) que chez les femmes (62%). L’accompagnement des élèves dans leur orientation et leur insertion professionnelle est également jugé insuffisant par une majorité d’enseignant·es du secondaire et des lycées agricoles (47% seulement s’estiment suffisamment accompagné·es), et le déficit de moyens est plus marqué encore s’agissant de l’accueil des élèves en situation de handicap : seul·es 18% disposent des moyens et des formations qu’ils et elles jugent suffisants, un chiffre qui diminue à 15% en primaire.

Cette pression se répercute directement sur l’équilibre personnel : seul·es 36% des enseignant·es parviennent à appliquer le droit à la déconnexion et à peine 19% disposent d’assez de temps pour corriger et préparer leurs cours sans empiéter sur leur vie personnelle. Le soutien hiérarchique se dégrade à mesure que l’ancienneté augmente : le soutien perçu de l’inspection en cas de difficulté avec un élève ou une famille tombe à 37% chez les enseignant·es de 11 ans d’ancienneté et plus (contre 45% chez les moins de 10 ans), et à 33% chez les 50 ans et plus. Le soutien de la direction, en comparaison, est mieux perçu (61% en moyenne, jusqu’à 74% en primaire).

Une reconnaissance financière et sociale largement insuffisante aux yeux des enseignant·es du privé

Interrogé·es sur les éléments qui pèsent le plus au quotidien, les enseignant·es placent en tête le niveau de rémunération insuffisant (60% des citations, dont 23% « en premier »). En effet, seul·es 13% des enseignant·es du privé se disent satisfait·es de leur rémunération et 10% estiment être bien payé·es au regard du travail fourni. La reconnaissance sociale suit une tendance comparable : 92% des enseignant·es du privé jugent leur travail insuffisamment reconnu par la société.

Ce déficit de reconnaissance trouve un écho direct dans les attentes exprimées par les enseignant·es du privé : la rémunération arrive largement en tête des aspects à améliorer en priorité (55%), devant la reconnaissance et la valorisation du travail (33%) et la charge de travail (32%). Viennent ensuite les effectifs et moyens humains (30%), les formations (28%) et le management et la hiérarchie (26%). Les relations parents/élèves et la liberté pédagogique ferment la marche des priorités les plus citées (19% chacune), devant l’inclusion et la prise en compte des besoins particuliers (15%) et les moyens matériels, locaux et équipements (10%).

Des enseignant·es du privé largement exposé·es aux violences, mais insuffisamment protégé·es

Près de 8 enseignant·es du privé sur 10 (78%) déclarent avoir été confronté·es à au moins une situation de violence au cours des douze derniers mois, une proportion qui atteint 81% dans le primaire. Les violences commises par des élèves constituent la situation la plus fréquemment rapportée (51%, jusqu’à 60% dans le primaire), devant celles émanant de parents d’élèves (47%, 55% dans le primaire). Viennent ensuite, à un niveau similaire, les violences émanant de la direction (30%, jusqu’à 34% en lycée agricole), les violences en ligne sur les réseaux sociaux ou Pronote (30%, 36% en lycée agricole) et celles d’autres membres de l’équipe éducative (30%, 32% en secondaire et lycée agricole). Les violences venant de l’administration ou du rectorat concernent 17% des enseignant·es du privé (jusqu’à 20% chez les 35-49 ans).

Ce climat de violences n’est pas compensé par un sentiment de protection à la hauteur : seul·es 24% se sentent suffisamment protégé·es face aux violences d’élèves, 23% face à celles d’autres membres de l’équipe éducative, 20% face à celles des parents d’élèves, 17% face aux violences en ligne, et à peine 11% et 10% respectivement face aux violences venant de la direction ou de l’administration.

Les priorités de transformation du système éducatif : les moyens humains, loin devant le reste

Invité·es à hiérarchiser les évolutions prioritaires du système éducatif, les enseignant·es du privé placent en tête l’augmentation des moyens humains, avec une moyenne de 2,3 et 39% de citations en priorité n°1. Deux autres attentes se dégagent ensuite : l’allègement des tâches administratives (2,8 ; 23% en priorité n°1) et la stabilité du système éducatif, c’est-à-dire moins de réformes (2,9 ; 25%). La révision du rythme et du temps scolaires arrive à un niveau proche (3,0 ; 22%), devant le renforcement des moyens pédagogiques et matériels (3,2) et l’accompagnement de l’inclusion des élèves à besoins particuliers (3,3). Les autres dimensions apparaissent plus secondaires, qu’il s’agisse de l’autonomie des équipes pédagogiques (3,5), de la continuité des enseignements (3,7) ou du dialogue avec les familles (3,8).

L’intelligence artificielle : une opportunité pédagogique reconnue, mais un défi jugé préoccupant pour les élèves

Côté pédagogique, une adhésion prudente mais réelle se dessine à l’égard de l’intelligence artificielle : 61% des enseignant·es du privé y voient une opportunité d’améliorer la qualité de l’enseignement. L’accompagnement fait toutefois défaut, avec seulement 34% qui se sentent soutenu·es par leur établissement dans l’usage des outils d’IA et 33% suffisamment formé·es pour l’intégrer à leur pratique.

Concernant l’usage de l’IA par les élèves en revanche, l’inquiétude domine très largement. 92% des enseignant·es estiment qu’elle représente un risque pour l’apprentissage de l’esprit critique, 86% y voient un défi pour leur propre métier, et 72% considèrent qu’elle met en danger les connaissances académiques. Près des deux tiers jugent qu’elle remet en question leurs pratiques pédagogiques (62%), un constat partagé, dans une moindre mesure, sous un angle plus positif, puisque 53% estiment qu’elle les enrichit également. Le sentiment de menace est néanmoins présent pour 43% des enseignant·es, qui considèrent que l’IA met en danger leur métier. Enfin, les bénéfices pour les élèves eux-mêmes et elles-mêmes sont jugés limités : seul·es 24% pensent qu’elle leur permet de progresser dans leurs apprentissages, et 19% seulement qu’elle les rend plus autonomes.

Une image publique jugée caricaturale, qui fragilise la confiance des familles

L’image de l’enseignement privé véhiculée par la société et les médias est majoritairement perçue sous un jour défavorable par les enseignant·es : 73% la jugent caricaturale, 70% négative et 60% estiment qu’elle nuit à l’attractivité du métier. Plus d’un·e enseignant·e sur deux considère également qu’elle fragilise la confiance des familles envers l’enseignement privé (52%). À l’inverse, seul·es 23% estiment que cette image correspond à la réalité de leur métier sur le terrain.