Enquête sur le lien entre éducation et fracture territoriale

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03.12.25

  • Ifop Opinion
  • Affaires publiques
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Les fractures territoriales, et en particulier le sentiment de relégation des campagnes, constituent un diagnostic désormais largement partagé, bien au-delà des seuls habitants des communes rurales. Réalisée en ligne en septembre 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français majeurs et d’un sur-échantillon de 1 034 ruraux résidant dans des communes de moins de 2 000 habitants, l’enquête montre que près de 9 répondants sur 10, qu’ils vivent ou non à la campagne, considèrent que les territoires ruraux sont « délaissés par les politiques publiques » (87 % des Français, 89 % chez les ruraux). Cette perception traverse les générations et les sensibilités politiques : si elle culmine chez les plus âgés, elle reste ultra-majoritaire dans toutes les catégories, peu importe la proximité partisane. Autrement dit, la « France des champs » apparaît, dans l’imaginaire collectif, comme un angle mort de l’action publique.

 

Dans ce contexte, l’école est investie d’un rôle stratégique pour retisser le lien entre ces territoires et la République. Plus de huit personnes sur dix estiment qu’elle peut jouer un rôle important pour réduire l’isolement des territoires ruraux (84 % des Français, 86 % chez les ruraux), avec une intensité encore plus marquée chez les seniors et les sympathisants du camp présidentiel. Mais derrière ce consensus sur le principe, les attentes portent d’abord sur le cœur de la salle de classe : réduire les effectifs par classe et repenser les programmes comme le temps scolaire apparaissent comme les deux réformes prioritaires pour renforcer l’accompagnement pédagogique en milieu rural, loin devant l’intégration du numérique ou la seule révision de la carte scolaire.

 

Cette centralité de l’école s’accompagne d’une interpellation directe de l’Éducation nationale, tenue pour le principal acteur responsable des évolutions du système éducatif dans les zones rurales. Plus de sept répondants sur dix désignent le ministère comme premier responsable (72 % des Français, 75 % des ruraux), loin devant les élus locaux (respectivement 16% et 14%) ou les initiatives citoyennes (6% et 5%). Cette mise en cause est particulièrement forte chez les plus de 65 ans et les catégories aisées, qui apparaissent plus critiques quant à la capacité de l’institution à prendre en compte la spécificité des territoires ruraux. À l’inverse, les parents ayant plusieurs enfants tendent davantage à partager la responsabilité avec d’autres acteurs.

 

Enfin, le sentiment d’inégalité territoriale se cristallise fortement autour de la question des moyens consacrés aux élèves en difficulté. Six répondants sur dix estiment que ces moyens sont « plus importants dans les grandes villes » (59 % des Français, 62 % des ruraux), quand à peine un sur dix pense qu’ils sont plus importants dans les zones rurales et petites villes. Cette perception est particulièrement marquée chez les publics aisés et les seniors, tandis qu’elle est légèrement atténuée parmi les jeunes, les catégories populaires et les parents, sans pour autant disparaître.