Interview de La Nouvelle Agence sur les marques Tech préférées des Français

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La tech fait partie du quotidien des Français, mais le lien avec ces marques évolue. Pour mieux le comprendre, La Nouvelle Agence a fait appel aux équipes du pôle Médias & Digital de l’Ifop pour lancer un baromètre inédit des marques Tech préférées des Français.

À cette occasion, Sana Lirin Hales, directrice associée de La Nouvelle Agence, revient sur les principaux enseignements de ce baromètre

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Sana Lirin Hales, directrice associée de La Nouvelle Agence

Qu’est-ce qui vous a poussé à lancer ce baromètre des marques Tech préférées des Français? Et qu’aviez-vous envie de mieux comprendre à travers cette première édition ?

 

Ce qui nous a poussé à lancer ce baromètre, c’est un constat très clair : la tech occupe une place centrale dans la vie des Français, mais le lien avec ces marques devenait de plus en plus ambigu.

Les marques de la tech sont omniprésentes dans le quotidien des Français, la vie numérique se densifie sur l’ensemble des besoins :  santé, communication, divertissement, travail… Leur usage est incontesté et pourtant ces marques font face à une montée des interrogations de l’opinion publique sur la protection des données et leur impact sociétal, environnemental est questionné.

Nous avions le sentiment qu’il existait un décalage entre la puissance perçue de ces acteurs et la réalité du lien qu’ils entretiennent avec les Français.

Avec Ifop, nous avons donc voulu dépasser les lectures classiques fondées uniquement sur la notoriété pour comprendre ce qui fonde réellement la préférence de marque aujourd’hui pour une entreprise du numérique.

Cette première édition nous a permis de mettre en évidence un basculement majeur : la relation à la tech est entrée dans une phase de maturité. Les Français ne sont plus dans l’admiration ou adoption automatique, ils sont dans l’évaluation. Ils jugent les marques sur leur utilité concrète, leur crédibilité et leur capacité à instaurer une relation de confiance durable.

 

L’étude montre que la notoriété n’est plus suffisante… comment ces évolutions redéfinissent-elles la relation des marques Tech avec les Français ?

 

L’étude démontre que la notoriété demeure un prérequis, mais plus un facteur différenciant. Le corpus des 50 marques sondées, pour une grande majorité d’entre elles, investissent massivement dans leur marketing pour imposer leur visibilité (publicité, digital, événementiel…)

Des acteurs comme Amazon ou Google restent extrêmement puissants en visibilité, mais ce sont désormais des dimensions plus qualitatives qui font la différence : l’utilité perçue, la confiance dans la gestion des données et la capacité à créer du lien.

Le fait que Doctolib arrive en tête est très révélateur. Ce n’est pas la marque la plus connue, mais c’est celle qui combine le mieux ces trois dimensions, avec notamment les meilleurs scores en utilité (7,75/10) et en confiance (7,45/10). Cela traduit une attente très forte : les Français privilégient désormais les marques qui simplifient leur quotidien et les rassurent.

Concrètement, cela redéfinit profondément la manière dont les marques doivent envisager leur communication et leur positionnement :

  • La promesse ne suffit plus, il faut la preuve
  • La performance technologique ne compense plus un déficit de confiance
  • La communication devient un levier de réassurance, pas seulement de visibilité

On passe d’une logique de conquête à une logique de relation. La préférence devient un vote de confiance conditionnel, qui doit être nourri dans la durée. On note l’absence d’Apple dans le haut du classement (top 10), alors même que la marque fête cette année ses 50 ans.

 

Clivage générationnel : comment concilier ces attentes différenciées ?

 

Ce clivage générationnel est l’un des enseignements les plus structurants de l’étude.

Chez les 18–24 ans, on observe naturellement une forte affinité avec les plateformes de divertissement et les univers communautaires : YouTube, Netflix ou encore les acteurs du gaming dominent, avec une logique de proximité et d’expérience.

À l’inverse, chez les 50 ans et plus, la préférence se porte sur des marques dites “réflexes” comme le reflète le podium Doctolib, Google, Amazon, qui répondent toutes les trois à des besoins concrets et structurent le quotidien .

Ces différences ne reposent pas sur la notoriété, qui est globalement partagée dans l’étude, mais sur l’utilité perçue et la confiance.

Pour les marques, l’enjeu n’est donc pas de choisir entre ces deux logiques, mais de réussir à les articuler :

  • Construire des usages engageants et expérientiels pour les plus jeunes
  • Maintenir un socle de fiabilité, de clarté et de sécurité pour les publics plus matures
  • Assurer une cohérence globale de marque, notamment sur la transparence et la gestion des données

Les marques qui réussissent le mieux sont celles qui parviennent à créer ce socle intergénérationnel. On le voit avec Doctolib, Amazon, Google ou Samsung, qui restent performantes quel que soit l’âge, parce qu’elles combinent utilité, confiance et présence dans le quotidien .

À l’avenir, la clé sera là : ne plus penser en silos générationnels, mais en niveaux d’exigence relationnelle.

Les jeunes attendent du lien et de l’expérience. Les seniors attendent de la fiabilité et de la clarté. Les marques devront être capables de délivrer les deux, sans jamais compromettre la confiance.

La conclusion, particulièrement éclairante pour un cabinet spécialiste de la réputation des marques numériques comme La Nouvelle Agence, est la suivante : les entreprises de la tech doivent aujourd’hui réinvestir le lien, en combinant des prises de parole responsables et expérientielles, afin de construire un attachement émotionnel autant que fonctionnel.

Une marque de la tech est, au fond, une marque de grande consommation qui s’ignore. Le produit ou le service ne suffisent plus à créer de la préférence. Pour s’inscrire durablement dans le quotidien, elles doivent faire rêver, accompagner les usages, parler à toutes les générations et raconter des histoires sincères.

C’est à cette condition qu’elles peuvent dépasser leur statut purement d’acteur technologique et entrer au Panthéon des grandes marques qui comptent dans la vie des Français.

“Les entreprises de la tech doivent aujourd’hui réinvestir le lien, en combinant des prises de parole responsables et expérientielles, afin de construire un attachement émotionnel autant que fonctionnel.”

Sana Lirin Hales
Directrice associée de La Nouvelle Agence