À l’occasion de la publication de l’étude consacrée à l’emploi à domicile comme enjeu de territoire, nous avons échangé avec Julie L’Hotel Delhoume, Présidente de la Fepem, la Fédération des particuliers employeurs. Elle revient sur les enseignements clés de cette enquête, entre rôle essentiel de l’emploi à domicile dans le maintien du lien social, réponse aux défis du vieillissement et de la perte d’autonomie, et nécessité de mieux reconnaître ce modèle de proximité comme un levier structurant pour les politiques locales, l’attractivité des territoires et les besoins du quotidien des Français.
Question 1 : Au Salon des Maires, vous avez choisi de mettre sur la table l’emploi à domicile comme un sujet « de territoire », au croisement du vieillissement, du maintien des services et de l’attractivité locale. Dans quel contexte cette étude a-t-elle été lancée, et quel besoin précis vouliez-vous éclairer auprès des élus ?
JLD : La Fepem est la seule Fédération à défendre un modèle de l’emploi à domicile non-lucratif, implantée sur tous les territoires, au plus près des familles, des élus locaux et des salariés, et notre présence sur l’ensemble du territoire avec 13 délégations régionales en témoigne.
Aujourd’hui, l’emploi à domicile est avant tout un sujet de « territoire » car derrière ce secteur ce sont des millions de personnes qui contribuent ou dépendent quotidiennement de ce modèle de proximité essentiel. Ce sont plus de 3,4 millions d’employeurs qui emploient à leur domicile 1,2 million de salariés. La Fepem est la seule fédération qui représente et prend en compte de manière indissociable le binôme « particulier employeur et salarié ».
Aussi, il nous est apparu indispensable de réaliser une étude pour illustrer et partager la perception de notre secteur, les besoins mais aussi les attentes auxquelles il répond.
Cet éclairage est précieux, cette étude donne la parole aux élus mais aussi et surtout aux Françaises et Français. Il s’inscrit pleinement dans notre stratégie qui vise une meilleure reconnaissance de l’emploi à domicile, son accessibilité et enfin son inscription comme un véritable choix de politique locale.
L’emploi à domicile constitue une ressource clé pour les habitants au sein des territoires, il est d’ailleurs reconnu et identifié par les élus : 9 maires interrogés sur 10 déclarent connaître le secteur, et 65% d’entre eux citent spontanément le maintien à domicile des personnes âgées comme l’un de ses deux atouts majeurs.
“Aujourd’hui, l’emploi à domicile est avant tout un sujet de « territoire » car derrière ce secteur ce sont des millions de personnes qui contribuent ou dépendent quotidiennement de ce modèle de proximité essentiel. ”
Julie L’Hotel Delhoume
Présidente de la Fepem
Question 2 : L’un des points saillants, c’est que l’emploi à domicile n’est pas seulement perçu comme un « service », mais comme un levier de maintien à domicile, de solutions du quotidien… et de lien social. Qu’est-ce que cette perception change dans votre manière d’aborder le sujet avec les collectivités et les acteurs locaux ?
JLD : Il est important d’affirmer et de rappeler que l’emploi à domicile est un réel partenaire des pouvoirs publics à l’échelle locale.
Il permet de répondre de manière quotidienne aux situations de fragilités, de handicap, de vieillissement, ou encore d’accueil du jeune enfant.
L’emploi à domicile est aujourd’hui une composante clé de la réponse aux défis de demain, notamment au vu des enjeux démographiques. En effet dans un contexte marqué par le vieillissement de la population, 60 % des Français envisagent de recourir à ces services dans les prochaines années – dont 68 % pour accompagner la perte d’autonomie – et 92 % expriment le souhait de vieillir à domicile.
Ces différentes problématiques sont clairement identifiées par les Maires : 60 % d’entre eux citent le maintien à domicile et l’aide aux aînés comme un enjeu prioritaire pour leur commune. C’est donc dans une logique de complémentarité que la Fepem s’associe aux côtés des élus pour répondre conjointement aux besoins de la population sur les territoires.
Cette reconnaissance nous conduit à positionner l’emploi à domicile comme un outil d’aménagement social du territoire, au service de la prévention de la perte d’autonomie et du bien-vivre chez soi. Elle implique aussi de renforcer les partenariats locaux, d’intégrer ces enjeux dans les politiques publiques locales, et d’accompagner les collectivités dans la structuration de réponses adaptées aux besoins de leur population.
Question 3 : À l’horizon 2030, élus comme grand public anticipent une hausse de la demande de services à domicile. Si vous aviez à poser un cap clair pour les prochaines années avec les communes, quelles seraient vos priorités ?
JLD : D’ici 2030, la demande d’accompagnement à domicile va fortement augmenter : 68 % des Français anticipent une hausse de la demande et 70 % des maires partagent cette projection.
Cette tendance est portée à la fois par le vieillissement de la population, l’aspiration des Françaises et Français à mieux concilier leurs temps de vie et le souhait partagé de pouvoir vieillir chez soi.
Pour répondre à cet enjeu, la Fepem a posé un cap clair, qu’elle entend mener en collaboration avec les communes et les territoires.
Une des priorités dont nous nous sommes saisis est celle de l’attractivité de l’emploi à domicile :
Le secteur représente de très nombreux emplois locaux, non délocalisables, mais il fait face à un défi majeur de recrutement : d’ici 2035, 44% des salariés du secteur partiront à la retraite, alors que dans le même temps, les besoins d‘accompagnement continuerons de croitre. A l’horizon 2035, nous estimons à plus de 580 000 le nombres d’emplois à pourvoir pour répondre aux besoins des citoyens.
Au vu de cette réalité, la Fepem a ainsi choisi de mettre en place une stratégie nationale de recrutement et d’accès aux métiers de l’emploi à domicile. Il est donc primordial de travailler avec l’ensemble des parties prenantes afin de valoriser ces métiers, développer des parcours de formation de proximité et lever les freins concrets à l’emploi. C’est notamment dans cette logique que nous avons renforcé notre coopération avec France Travail.