Alors que la souveraineté numérique s’impose progressivement dans le débat public, Google Cloud a souhaité comprendre comment les Français appréhendent concrètement cet enjeu.
Si la souveraineté numérique reste peu citée spontanément comme une priorité, elle devient centrale lorsqu’il est question de sécurité, de données sensibles et de protection contre les cyberattaques. L’étude révèle également une attente forte en faveur de la coopération entre acteurs technologiques mondiaux et français ou européens.
Dans cet entretien, Benoît Tabaka, Secrétaire général de Google France et Directeur des relations institutionnelles et politiques publiques de Google en Europe du Sud, revient sur ces enseignements et sur la manière dont ils peuvent faire évoluer la conception de la souveraineté numérique.
Benoît Tabaka
Secrétaire général de Google France et Directeur des relations institutionnelles et politiques publiques de Google en Europe du Sud
Dans un contexte où les enjeux de souveraineté numérique prennent une place croissante dans le débat public, qu’est-ce qui a conduit Google Cloud à vouloir mieux comprendre la manière dont les Français se représentent aujourd’hui ce sujet ?
Le débat sur la souveraineté numérique est monté en intensité, mais il reste largement un débat d’experts, d’institutions, de Bruxelles et de Paris. Nous avons voulu écouter ce que pensent réellement les Français plutôt que de le supposer. Comme nous accompagnons aussi bien des grandes entreprises publiques ou privées que des PME, leurs attentes concrètes comptent davantage pour nous que la bataille des mots. Il y a des attentes précises à satisfaire, et la souveraineté se joue par degrés, en nuance, pas en tout ou rien.
“Plutôt qu’une souveraineté de principe les Français attendent avant tout une souveraineté de résultat : est-ce que, concrètement, cela me protège ?”
Benoît Tabaka
Secrétaire général de Google France et Directeur des relations institutionnelles et politiques publiques de Google en Europe du Sud
L’étude révèle un contraste intéressant : la souveraineté numérique reste peu spontanément citée parmi les grandes priorités, mais elle devient très concrète dès qu’il est question de données sensibles, de sécurité ou de protection contre les cyberattaques. Qu’est-ce que ce décalage vous dit de l’évolution des attentes des Français vis-à-vis des acteurs du numérique ?
La souveraineté numérique est bien moins centrale pour les citoyens que le débat ne le laisse croire : seuls 4 % la classent comme la souveraineté la plus importante, très loin derrière la souveraineté économique ou alimentaire. Mais elle redevient très concrète, et très exigeante, dès que l’on touche à la question des données de santé, des données fiscales ou de la protection contre les cyberattaques. La sécurité est d’ailleurs le premier critère de choix d’un outil technologique pour les Français : 57 %.
Plutôt qu’une souveraineté de principe les Français attendent avant tout une souveraineté de résultat : est-ce que, concrètement, cela me protège ? Les Français reconnaissent d’ailleurs l’avance qu’ont les acteurs internationaux sur l’innovation et la rapidité tout en percevant un léger avantage aux acteurs français sur la sécurité.
Pour un acteur technologique, le message est clair : on nous juge sur ce que nous garantissons, pas sur notre nationalité. C’est précisément pour cela que nous misons, chez Google Cloud, sur des garanties vérifiables : depuis la gestion externalisée des clés de chiffrement, la restriction de la zone géographique et du contrôle des données, jusqu’à une société de droit français opérée en France, avec une certification SecNumCloud délivrée par l’ANSSI : S3NS, issu de notre partenariat avec Thales.
Près de trois Français sur quatre considèrent qu’un partenariat entre acteurs technologiques mondiaux et français ou européens peut contribuer à renforcer la souveraineté numérique, une opinion encore plus marquée chez les moins de 35 ans. Comment cette attente de coopération peut-elle, selon vous, faire évoluer la manière de penser la souveraineté numérique en France et en Europe ?
C’est un résultat très intéressant. Près de trois Français sur quatre, et 85 % des moins de 35 ans, estiment qu’un partenariat entre acteurs mondiaux et acteurs français ou européens renforce la souveraineté. Ils refusent le choix entre la « forteresse Europe » et la dépendance subie.
Cela devrait déplacer le débat. Il y a deux façons de concevoir la souveraineté : l’une érige des murs ; l’autre fait des choix, et permet de faire des choix à travers une approche ouverte, en localisant ce qui est sensible et en ouvrant ce qui doit l’être. Les Français penchent spontanément pour la seconde option. Ils veulent à la fois l’autonomie et l’efficacité, et ils ont compris que la coopération est la voie pour concilier les deux. Plus les répondants sont jeunes, plus ce pragmatisme s’affirme.
Concrètement, c’est ce que nous faisons avec S3NS et Thales : la puissance d’un cloud mondial sous pavillon français, avec un objectif : que chacun puisse choisir le bon niveau de souveraineté, de façon ouverte et évolutive.