Le recours à l’emploi à domicile : une pratique minoritaire mais loin d’être marginale, structurée par les logiques d’entraide et de niveau de vie
Près d’un Français sur quatre déclare avoir recours à l’emploi à domicile, sous l’effet conjugué de l’entraide familiale et du niveau de vie.
24% du grand public déclarent y avoir eu recours au cours des douze derniers mois, que ce soit pour eux-mêmes (14%), pour un proche (8%) ou pour ces deux motifs à la fois (2%).
Derrière ce niveau global se dessine toutefois un recours très différencié selon les situations de vie. L’usage des services à la personne apparaît d’abord étroitement lié aux besoins d’aide familiale. Les aidants sont ainsi de loin les plus concernés : 54% des personnes venant en aide à un proche y ont eu recours, contre 17% des non-aidants. Les foyers avec un enfant de moins de 3 ans présentent un niveau de recours tout aussi élevé (54%), notamment lorsqu’ils comptent deux enfants ou plus (59%). Le recours aux services à la personne apparaît également fortement corrélé au niveau de vie. Les hauts revenus se distinguent très nettement, avec 53% de recours, de même que les cadres (36%), les retraités CSP+ (35%) et, plus largement, les catégories aisées (34%). À l’inverse, les employés (19%) et les ouvriers (16%) y recourent environ deux fois moins que les ménages les plus favorisés.
Qui sont concrètement les acteurs de l’emploi à domicile ?
Les particuliers employeurs : un profil fortement féminisé, plus favorisé et davantage ancré dans des responsabilités familiales
Les particuliers employeurs se distinguent nettement de l’ensemble de la population française par un profil à la fois plus féminin, plus âgé et socialement plus favorisé. Les femmes y sont très majoritaires (70%, contre 52% dans l’ensemble de la population), et les personnes de 35 ans et plus représentent 85% de cette cible, contre 75% dans l’ensemble de la population.
Leur position dans l’échelle sociale est également plus élevée que la moyenne : les catégories supérieures (cadres et indépendants) représentent 39% des particuliers employeurs, contre 15% seulement de l’ensemble des Français, et les dirigeants d’entreprise y sont près de deux fois plus présents (11%, contre 6%). Les hauts revenus et les catégories aisées cumulés représentent par ailleurs 23% de cette population, contre 10% dans l’ensemble de la population.
Ce profil est aussi marqué par le poids des responsabilités familiales. Les particuliers employeurs sont plus souvent parents d’enfants à charge que la moyenne : 41% sont concernés, contre 31% dans l’ensemble de la population. Ils sont également beaucoup plus souvent aidants : 36% déclarent venir en aide à un proche, soit près du double du niveau observé dans l’ensemble de la population (19%). Dans la très grande majorité des cas, cette aide s’exerce à titre bénévole (32%), une minorité la réalisant dans un cadre salarié (4%).
Les employés à domicile : une population très majoritairement féminine, plus âgée et plus exposée aux fragilités économiques
En miroir, les employés à domicile se caractérisent par une très forte féminisation et par un niveau de vie plus modeste. Les femmes représentent en effet 91% de cette population, qui apparaît également plus âgée que la moyenne : 87% ont 35 ans ou plus, dont 48% âgés de 50 à 64 ans.
Leur profil socioéconomique contraste fortement avec celui des particuliers employeurs : les catégories modestes et pauvres représentent 59% des employés à domicile, contre 35% dans l’ensemble de la population et 24% parmi les particuliers employeurs. La dimension familiale y est également marquée : 47% des employés à domicile ont des enfants à charge, une proportion supérieure à celle observée chez les particuliers employeurs (+6 pts). Leur statut d’aidant se situe en revanche à un niveau plus proche de la moyenne nationale : 24% déclarent aider un proche, contre 19% dans l’ensemble de la population et 36% chez les particuliers employeurs. Ce statut d’aidant revêt toutefois un caractère salarié un peu plus fréquent que chez ces derniers, bien qu’il demeure très minoritaire (8%, contre 4%).
Un regard convergent sur l’emploi à domicile : un service quotidien à fort impact social, mais dont le coût et l’impératif de confiance constituent des freins à un accès plus massif
L’emploi à domicile, un service utile au quotidien et reconnu pour son impact social
L’emploi à domicile bénéficie d’une image sociétale très favorable. Dans le détail, le soutien aux familles et aux personnes isolées, tout comme la création d’emplois de proximité, rassemblent près de 9 personnes interrogées sur 10, toutes cibles confondues. Le renforcement du lien social est davantage reconnu par les employés à domicile (90%) que par les particuliers employeurs (86%) et le grand public (84%). La valorisation de métiers utiles à la collectivité dépasse, quant à elle, les 8 répondants sur 10 dans les trois cibles.
Quelques nuances apparaissent néanmoins. L’accès à l’emploi de personnes éloignées du marché du travail est davantage valorisé par les employés à domicile (84%, contre 81% chez les particuliers employeurs et 77% dans le grand public), car plus directement concernés par ces problématiques, tandis que la contribution à l’économie nationale est plus fortement mise en avant par les particuliers employeurs (82%, contre 79% chez les employés à domicile et 74% dans le grand public).
L’emploi à domicile apparaît également comme un levier majeur d’accompagnement des fragilités. Plus de 9 répondants sur 10, toutes cibles confondues, lui reconnaissent un rôle central dans le maintien à domicile des personnes âgées ou fragiles ainsi que dans le soutien apporté aux proches aidants.
Au-delà de sa fonction d’accompagnement, l’emploi à domicile est aussi perçu comme un moyen d’alléger la vie quotidienne des familles. Près de 9 répondants sur 10 y voient une solution permettant de déléguer certaines tâches que l’on ne sait pas, ne peut pas ou ne souhaite plus accomplir soi-même. Sa contribution à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle fait également largement consensus, même si elle est plus fortement soulignée par les employés à domicile (96%) que par les particuliers employeurs (91%) et le grand public (87%).
À noter que l’écart le plus marqué concerne la perception de l’emploi à domicile comme alternative au partage des tâches au sein du foyer. Cette dimension est particulièrement reconnue par les employés à domicile (91%), devant les particuliers employeurs (82%) et le grand public (77%). Ce résultat témoigne d’une appréciation plus aiguë, chez les professionnels du secteur, du rôle très concret que peut jouer l’emploi à domicile dans l’organisation domestique.
Le coût et la confiance, principaux freins au recours à l’emploi à domicile
Le coût financier jugé excessif constitue le principal frein au recours aux services à la personne : il est cité par 52% du grand public, 47% des particuliers employeurs et 42% des employés à domicile. La difficulté à identifier et recruter une personne de confiance arrive à un niveau comparable (47% du grand public et 43% des employés à domicile), et même en tête chez les particuliers employeurs (51% la mentionnent).
À un second niveau, les freins identifiés relèvent davantage d’obstacles administratifs ou informationnels. La lourdeur des démarches administratives est ainsi citée par un peu moins de 3 répondants sur 10, tout comme l’insuffisance ou la méconnaissance des aides publique. À un niveau plus marginal, les freins tiennent davantage à des considérations personnelles ou sociales : l’incompatibilité perçue avec le mode de vie ou l’organisation du foyer concerne environ 1 répondant sur 10, tout comme la perception parfois dévalorisante ou culpabilisante associée au fait d’être employeur. L’influence ou la pression dissuasive de l’entourage ferme la hiérarchie des freins.
Du côté des pratiques, chez les particuliers employeurs : un usage dominé par le ménage, une déclaration quasi généralisée
Le ménage, premier poste de recours, loin devant l’aide à la dépendance
Au cours des douze derniers mois, les particuliers employeurs ont principalement eu recours à l’emploi à domicile pour le ménage et le repassage : 74% sont concernés, dont 44% régulièrement. Le jardinage et le petit bricolage constituent le deuxième poste de recours, cité par 56% des particuliers employeurs. Les usages liés à l’accompagnement des fragilités apparaissent également importants, mais à un niveau minoritaire : 46% ont eu recours à une aide pour une personne âgée et 41% pour une personne en perte d’autonomie ou en situation de handicap. Les autres formes de recours se situent davantage en retrait, qu’il s’agisse du soutien scolaire (25%), de la garde d’enfant à domicile (25%), de la garde chez un assistant maternel (24%) ou du gardiennage (22%).
Une sérénité et une meilleure qualité de vie perçues comme premiers bénéfices
Le recours à l’emploi à domicile procure d’abord aux particuliers employeurs des bénéfices très concrets dans l’organisation du quotidien. La sérénité arrive en tête, citée par 90% d’entre eux, devant l’amélioration de la qualité de vie de la personne aidée (86%), la simplification de l’organisation quotidienne (85%) et la réduction de la charge mentale de la personne qui organise le recours (81%). De plus, 77% des particuliers employeurs estiment que l’emploi à domicile permet de dégager du temps pour la famille, 73% qu’il contribue à préserver l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, 68% qu’il constitue une alternative au partage des tâches au sein du foyer et 64% qu’il permet de ne pas renoncer à une activité.
Une déclaration très majoritaire des heures effectuées, malgré la persistance de pratiques informelles
La déclaration des heures effectuées apparaît très largement majoritaire parmi les particuliers employeurs : 85% déclarent avoir déclaré la totalité des heures réalisées au cours des douze derniers mois. Les situations de non-déclaration concernent une minorité d’entre eux, qu’elles soient partielles (8%) ou totales (5%). Lorsqu’elles existent, elles relèvent en majorité d’une initiative du salarié à domicile (54%), que d’une initiative de l’employeur (46%).
Lorsque la non-déclaration est à l’initiative de l’employeur, elle est d’abord justifiée par la lourdeur des démarches administratives (34%), le caractère épisodique de l’emploi (29%), le niveau des charges sociales (25%) ou le fait d’avoir déjà atteint le plafond du crédit d’impôt (23%). Lorsqu’elle répond à une demande du salarié, les principales motivations citées tiennent à la volonté d’éviter ou de limiter l’impôt sur le revenu (38%), de se maintenir sous le seuil des minima sociaux (33%) ou à l’absence d’autorisation de travail (30%).
Le crédit d’impôt et le CESU, dispositifs les plus connus et les plus utilisés
Le crédit d’impôt pour l’emploi d’une personne à domicile constitue le dispositif le mieux identifié par les particuliers employeurs : 86% le connaissent et 63% l’utilisent effectivement. Le CESU bénéficie d’un niveau de notoriété comparable, avec 85% de connaissance, mais son usage apparaît moins répandu (41%). L’avance immédiate du crédit d’impôt est également bien installée, connue par 74% des particuliers employeurs et utilisée par 43%. L’APA et le CESU préfinancé affichent également des niveaux de notoriété majoritaires, bien qu’un peu plus en retrait, avec respectivement 67% et 62% de particuliers employeurs qui déclarent les connaître.
Les dispositifs plus ciblés affichent une notoriété minoritaire : 47% pour PAJEMPLOI et 40% pour le complément de libre choix du mode de garde. À l’inverse, les dispositifs plus institutionnels ou professionnels, comme l’IRCEM, le SPSTN et l’APNI, apparaissent encore largement méconnus, avec des niveaux de notoriété compris entre 19% et 24%.
Du côté des pratiques, chez les employées à domicile : un emploi souvent multi-employeurs, une relation de confiance affirmée
Plus d’une employée à domicile sur deux travaille pour plusieurs particuliers employeurs
Plus d’une employée à domicile sur deux travaille pour plusieurs particuliers employeurs : 57% sont concernés, avec en moyenne environ cinq employeurs simultanés, la moitié en comptant quatre ou plus. L’employeur principal est très majoritairement une femme (77%).
Dans la plupart des cas, la relation de travail apparaît clairement identifiée : pour 83% des employés à domicile, la personne qui donne les consignes est aussi celle qui figure comme employeur sur le bulletin de salaire. À l’inverse, l’écart observé dans 17% des situations suggère l’existence de formes de délégation. L’employeur principal exerce par ailleurs une activité professionnelle dans 65% des cas, le plus souvent sous statut salarié (57%).
Un temps de travail partagé entre plein temps et temps partiel majoritairement choisi
Une majorité d’employés à domicile travaille à temps plein (59%). Ces situations recouvrent des configurations différentes, entre emploi auprès d’un employeur unique (30%), cumul de plusieurs particuliers employeurs (24%) voire cumul d’autres activités professionnelles en parallèle de l’emploi à domicile (5%). Le temps partiel concerne quant à lui 41% des employés à domicile. Il relève le plus souvent d’un choix : 68% des personnes concernées déclarent avoir souhaité travailler à temps partiel. Pour les 32% restantes, il s’agit en revanche d’un temps partiel subi, principalement faute d’un volume d’heures suffisant (44%). Les horaires incompatibles avec d’autres activités (12%), les problèmes de santé (11%) ou les difficultés de transport (11%) sont cités plus secondairement.
Une ancienneté dans le secteur presque deux fois supérieure à l’ancienneté chez l’employeur principal
Les employés à domicile se caractérisent par un ancrage durable dans le métier. Leur ancienneté moyenne dans l’emploi à domicile ou les services à la personne atteint 13 ans, et 53% exercent dans le secteur depuis au moins dix ans. Cette ancienneté sectorielle contraste avec une ancienneté plus limitée auprès de l’employeur principal : sept ans en moyenne, seuls 24% travaillant chez le(s) même(s) employeur(s) depuis dix ans ou plus. Pour près des trois quarts des employées à domicile (74%), cette activité constitue leur source principale de revenus. Pour les 26% restants, elle représente un revenu complémentaire, jugé indispensable dans 22% des cas, soulignant la précarisation des individus ayant recours à ce type d’emploi.
Un rapport très positif au métier, mais légèrement plus réservé sur la souplesse des horaires
Le rapport au métier apparaît très largement positif. Les employées à domicile adhèrent massivement à l’idée d’exercer un métier utile à la société (96%) et déclarent entretenir une relation de confiance avec leurs employeurs (97%). Elles soulignent également l’autonomie dont elles disposent dans leur activité (94%) ainsi que le caractère déclaré et sécurisé de leur emploi (96%).
Les dimensions liées à l’accès à l’emploi et à l’organisation du temps de travail suscitent une adhésion un peu moins unanime, tout en restant nettement majoritaire. 83% considèrent que ce métier leur a permis d’accéder à l’emploi, tandis que 80% mettent en avant le fait de pouvoir bénéficier d’une certaine souplesse dans l’organisation des horaires de travail. Ce dernier point peut dès lors constituer le principal point de vigilance, dans un secteur où la pluralité des employeurs et les contraintes horaires structurent fortement les conditions d’exercice.
Une même crainte face aux réductions des aides : un basculement vers l’informel
Interrogés sur les conséquences d’une réduction des aides publiques ou du crédit d’impôt, les particuliers employeurs anticipent d’abord une réduction du nombre d’heures travaillées : 71% déclarent qu’ils diminueraient le volume d’heures d’emploi à domicile. Un tel recul ferait également peser un risque important de bascule vers des pratiques non déclarées, cité par 50% des particuliers employeurs, tandis que 49% envisageraient d’arrêter totalement d’y recourir. À l’inverse, moins d’un particulier employeur sur deux déclare qu’il continuerait dans les mêmes conditions (46%).
Et parmi les particuliers employeurs qui ne poursuivraient pas dans les mêmes conditions en cas de réduction des aides (soit 54% de l’échantillon), les conséquences anticipées toucheraient d’abord à l’organisation du quotidien. 85% indiquent qu’ils devraient réaliser eux-mêmes davantage de tâches, 78% y verraient une régression pour leur foyer et 76% anticipent une dégradation de leur qualité de vie. Les conséquences professionnelles apparaissent plus en retrait : un tiers évoque une réduction de son temps de travail (33%) ou des freins à son évolution professionnelle (33%), confirmant que l’emploi à domicile est d’abord perçu comme un soutien au fonctionnement du foyer avant d’être associé à un enjeu de carrière.
Ce risque de fragilisation se retrouve également du côté des employées à domicile. En cas de réduction des aides, 79% estiment qu’elles auraient moins d’heures ou de missions, tandis que 57% pourraient être amenés à arrêter leur activité. Surtout, une part importante anticipe un basculement vers le travail non déclaré : 51% pourraient exercer une partie de leur activité sans déclaration, et 29% totalement sans déclaration.
Dans ce contexte, les aides publiques apparaissent comme un levier central de sécurisation du secteur. Aux yeux des employées à domicile, elles favorisent d’abord le maintien à domicile des personnes âgées (92%), le maintien d’heures déclarées (89%) et l’emploi des femmes (88%). Leur préservation apparaît ainsi comme un enjeu à la fois social, économique et statutaire pour les deux parties prenantes de l’emploi à domicile.