Le « trumpisme », accident de l’histoire ou tendance de fond ?

29.01.26

  • Sociovision
  • Affaires publiques

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Omniprésence de Donald Trump

Depuis le 20 janvier 2025, date de son investiture à la présidence des États-Unis, Donald Trump domine l’agenda international. Pas un jour – ou presque – ne se passe sans que l’une de ses décisions, ou de ses soudaines lubies, ne viennent perturber le cours du monde. Tout se passe comme si « l’ère des prédateurs », annoncée par Giulano da Empoli dans son livre éponyme, l’avait attendu pour enterrer l’ordre géopolitique que nous connaissions depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Face à un tel bouleversement, qui dépasse la seule scène diplomatique, la question brûle les lèvres : Trump est-il l’expression d’un mouvement éphémère, cristallisation temporaire de tous les mécontentements des Américains, ou traduit-il une tendance de fond ? Le courant d’idées qu’il incarne trouve-t-il un écho au-delà des frontières des États-Unis, et si oui, quels aspects, en particulier, séduisent le plus les opinions étrangères ?

Quel impact au-delà des États-Unis ?

Dans leur étude internationale Vision(s), réalisée chaque année sur trois continents (9 000 personnes interrogées), les équipes de Sociovision (Groupe Ifop), ont tenté d’apporter une réponse à ces questions. Dans cette étude, le « trumpisme » a été reconstitué à travers 7 dimensions clés. Pour chacune d’entre elle, plusieurs questions ont été posées aux populations représentatives de 8 pays (France, Allemagne, Espagne, Pologne, Royaume-Uni, États-Unis, Chine et Japon) afin de mesurer l’influence des idées du « trumpisme » dans l’opinion de chaque pays.

Étude à télécharger ci-dessous

Les 7 dimensions clés du « trumpisme » mesurées dans l’étude :

  • L’attachement à un leader fort et la demande d’autorité
  • Le rejet de l’immigration
  • Le culte du « moins d’Etat »
  • Le protectionnisme économique
  • Le déni écologique
  • La référence religieuse
  • Le rejet du « progressisme »

Principaux enseignements : le « trumpisme », un mouvement de fond

L’heure est à la demande de plus d’autorité. L’idée qu’un leader fort est nécessaire aujourd’hui – un « chef » qui sache se faire obéir – recueille l’assentiment d’une majorité dans la plupart des pays (entre 60% pour la France et 90% pour la Chine, 66% pour le Royaume-Uni ou 69% pour l’Espagne). Fait significatif : cette demande progresse partout depuis 2023.  En outre, dans toutes les démocraties, une partie non négligeable de la population se déclare tentée par un pouvoir fort, « quitte à restreindre la démocratie ».

Sur la question de l’immigration, Donald Trump est loin de prêcher dans un désert. Les Européens sont aujourd’hui majoritairement favorables à la fermeture des frontières. 70% des Français, 65% des Britanniques ou 57% des Espagnols considèrent qu’il faut « limiter l’immigration » pour que le monde aille mieux demain.

Halte aux services publics ! La présidence Trump a commencé avec la création d’un ministère de « l’efficacité gouvernementale » spécialement conçu pour Elon Musk. Sa mission était de couper drastiquement dans les dépenses fédérales. De fait, la réduction du poids de la dépense publique et des services publics est soutenue majoritairement dans la plupart des pays. Partout, une majorité nette soutient le désendettement de leurs États (69% en France, 64% au Royaume-Uni, 66% aux États-Unis, 57% au Japon).

Donald Trump a érigé la menace de hausse des droits de douane en principe de négociation dans les relations internationales. Mais les opinions, sur ce point, ne le suivent pas. Le protectionnisme est en effet minoritaire dans tous les pays sauf… en France, où les idées souverainistes gagent du terrain. Même aux États-Unis, les partisans d’une hausse des droits de douane sont le fait d’une minorité. Plus significatif encore, contrairement aux déclarations isolationnistes ou à visée impérialiste de Trump, les opinions dans les pays couverts par l’étude souhaitent plus de coopération à l’échelle mondiale (plus de 80% en Europe ou en Asie, et y compris aux États-Unis). L’ONU ou l’OTAN demeurent des organisation légitimes et nécessaires aux yeux des contemporains.

Climato-sceptique, Donald Trump ne cesse de décrier l’écologie et d’en appeler au retour au « monde d’avant », celui de l’âge d’or des énergies fossiles. Ses idées résonnent avec des évolutions observables ailleurs. Mais si l’on observe un recul de l’urgence écologique dans la plupart des pays, en particulier en Europe, les populations, y compris aux États-Unis, restent convaincues de la nécessité de prendre le tournant de la transition écologique.

Si Trump a bénéficié d’un appui important des mouvements religieux aux États-Unis, en particulier des courants évangéliques radicaux, cette étroite relation entre religion et politique ne se retrouve pas en Europe. Ce soutien est surtout le reflet d’un pays où près d’un habitant pratique régulièrement sa religion, un dynamisme spirituel que l’on ne retrouve pas dans les pays occidentaux.

Enfin, la critique du « progrès » dans les domaines de la santé, l’environnement ou le droit des femmes, souvent critiqués sous l’expression attrape-tout de « wokisme » ne traduit pas l’opinion dominante dans la plupart des pays, y compris aux États-Unis. Partout, la majorité des personnes interrogées souhaitent qu’on continue à progresser dans ces domaines. Sur ces sujets, Donald Trump n’est pas suivi. L’idée de progrès reste une source d’espoir dans le monde.

Trump, reflet d’un monde en crise

En conclusion, le monde n’est pas devenu « trumpiste »

  • Les mesures protectionnistes ne sont approuvées que par une minorité,
  • Les populations restent attachées à la notion de progrès scientifique,
  • la culture de la coopération via des organisations internationales, entre nations reste majoritaire.

Mais, dans chaque pays, une minorité non négligeable de la population est en phase avec plusieurs dimensions du « trumpisme » :

  • Préférence pour des leaders forts,
  • Soutien aux mesures anti-immigration,
  • Reculs en matière de transition écologique,
  • Culte du « moins d’État » et appels à réduire les dépenses publiques.

 

Étude à télécharger ci-dessous :

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