Santé mentale 2022 : pourquoi les marques doivent s’intéresser au sujet

21.12.21

  • Sociovision
  • FR

3 min de lecture

Michel Ladet, Directeur scientifique de Sociovision, nous livre ses observations et enseignements en termes de santé mentale à travers cet entretien.

Michel Ladet, quand vous laissez trainer vos oreilles de sociologue, y a-t-il des mots, des thèmes, qui retiennent votre attention ?

Je suis frappé par l’omniprésence du thème de la santé mentale dans le discours ambiant. Depuis quelques années, c’est le grand sujet, c’est même en passe de remplacer le bien-être (wellbeing, wellness). Pourquoi parle-t-on autant de mental health?

1/ De quoi parle-t-on?

  • Une notion dont il n’existe aucune définition précise, mais qui pour l’Organisation mondiale de la santé se décrit, de façon positive comme « un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté. ». Et de façon négative comme regroupant d’une part la détresse psychologique réactionnelle (induite par les situations éprouvantes et difficultés existentielles), d’autre part les troubles mentaux, affections psychiatriques de durée variable et plus ou moins sévères et/ou handicapants.
  • Un thème lié à la place croissante occupée dans les médias par les souffrances engendrées par les harcèlement de tous ordres (moral, sexuel, sur les réseaux sociaux), et discriminations (liées au genre, à l’orientation sexuelle, à l’origine ethnique ou sociale, au physique, au fait de souffrir de telle maladie ou handicap)
  • Les marques prennent pour porte-parole des personnes ayant connu le succès en dépit d’expériences difficiles (et qui pour cette raison endossent des combats) : la chanteuse Billie Eilish, star des gen Z, avouant des « insécurités » liées à son physique et partant en croisade contre le body-shaming, telle vedette féminine racontant ses démêlés avec la misogynie ordinaire.
  • Aujourd’hui: Difficile d’être une femme connue et pas activiste féministe; appartenir à une minorité ethnique et ne pas se poser en défenseur de sa communauté. Au point qu’on se demande s’il est possible de rester légitime / une figure d’identification si on surmonte ses problèmes. Quand Billie Eilish tombe l’armure anti body-shaming (jean/T-shirt « baggy ») et se dévoile en vamp glamour en couverture de Vogue et foule le tapis rouge du Met Gala 2021 en robe de bal corsetée aux volumes dramatisés couleur chair, rendant hommage à Marilyn Monroe.

2/ Pourquoi les marques doivent s’y intéresser ?

Le luxe 2022 sera joyeux ou ne sera pas : Ce thème devient-il si central ? Et quasi incontournable quand on parle de la Gen Z ?

  • Différentes études révèlent en effet que la dépression, la détresse morale et les pensées suicidaires touchent plus fréquemment les moins de 35 ans. Une étude réalisée fin 2018 aux États-Unis par le Pew Research Centre a montré que 70% des adolescents considèrent l’anxiété et la dépression comme l’un des problèmes majeurs de leur génération.
  • Aujourd’hui pour être vraiment admiré, influent, légitime, faut-il avoir été victime de quelque chose ou d’être parti dans la vie avec un attribut considéré comme désavantage social quel qu’il soit (genre, orientation sexuelle, handicap physique) et avoir su « remonter la pente » ou faire de ce désavantage une force ?