Entretien avec Saint-Gobain « Construction durable : de la perception à l’action »

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À l’occasion de la publication de la 4e édition du Baromètre de la Construction Durable Saint-Gobain – Occurrence, nous avons échangé avec Fabienne Robert, Directrice de l’Observatoire de la Construction Durable et des Relations extérieures internationales chez Saint-Gobain. Elle revient sur les enseignements clés de cette nouvelle édition, entre perception de la valeur, attentes citoyennes et conditions concrètes de déploiement.

Fabienne Robert, Directrice de l’Observatoire de la Construction Durable et des Relations extérieures internationales chez Saint-Gobain

Question 1 : L’Observatoire de la Construction Durable, lancé il y a quatre ans par Saint-Gobain, se donne pour mission d’informer, d’écouter et de fédérer tous les acteurs du secteur de la construction. Chaque année il présente les conclusions d’un Baromètre international. Concrètement, qu’est-ce que ces réponses apportent à Saint-Gobain et à toutes vos parties-prenantes et comment les utilisez-vous ?

Le secteur de la construction est déjà très documenté sur les performances et les sujets techniques mais moins sur la notion de perception. C’est ce que le Baromètre apporte : une lecture de la manière dont la construction durable est comprise, priorisée et mise en œuvre dans des contextes différents.

Il éclaire les conditions réelles dans lesquelles les nombreuses solutions qui existent en matière de construction durable peuvent ou non se déployer mettant en lumière des dynamiques parfois peu visibles : des écarts entre catégories d’acteurs, des différences marquées selon les pays, ou encore des décalages persistants entre des intentions largement partagées et leur traduction concrète.

Pour l’Observatoire, cela permet d’ancrer les échanges dans une réalité plus fine et plus concrète faite de cadres de décision, de contraintes perçues, de priorités effectives. Et c’est cette mise en tension entre ambition et mise en œuvre qui rend le dialogue entre acteurs à la fois plus exigeant et plus opérant.

“Pour la première fois, nous avons introduit une question sur la valeur en la définissant comme une notion multidimensionnelle ”

Fabienne Robert
Directrice de l’Observatoire de la Construction Durable, et des Relations extérieures internationales, Saint-Gobain

Question 2 : Cette année, vous introduisez une question centrale sur la valeur perçue de la construction durable. L’étude montre des perceptions contrastées selon les profils et les régions. Pour vous, quelles preuves ou quels arguments seraient aujourd’hui les plus efficaces pour convaincre ?

Pour la première fois, nous avons introduit une question sur la valeur en la définissant comme une notion multidimensionnelle : économique, environnementale, sociale, patrimoniale. Le résultat est révélateur : si 47% des parties prenantes considèrent que la construction durable crée davantage de valeur que la construction traditionnelle, cette perception reste hétérogène selon les profils et les régions.

Ce que cela montre, c’est que la valeur est difficile à lire, à appréhender dans l’ensemble de ses dimensions, et donc à intégrer pleinement dans les arbitrages.

Les arguments les plus efficaces seront ceux qui rendent la valeur de la construction durable à la fois tangible et lisible. Cela passe par des éléments éprouvés : performance dans le temps, coûts d’exploitation, impact sur la santé et le confort, résilience face aux aléas climatiques, valeur d’usage et valeur immobilière.

Mais l’enjeu est moins de multiplier les preuves que de les articuler. Tant que ces dimensions restent traitées séparément, elles peinent à peser réellement dans les décisions, en particulier dans les appels d’offres ou les logiques d’investissement, où les critères restent souvent fragmentés. La question n’est donc pas seulement de démontrer la valeur, mais de faire en sorte qu’elle soit effectivement reconnue dans les mécanismes qui structurent les choix.

 

Question 3 : Le baromètre montre que la demande citoyenne progresse, avec une place croissante accordée aux bénéfices « vécus » (santé, bien-être, confort…). Selon vous, comment transformer cette désirabilité en levier concret d’accélération ?

Le regard du citoyen sur la construction durable évolue au-delà des grands objectifs environnementaux. Elle est de plus en plus associée à des bénéfices vécus comme la santé et le bien-être.  Ce mouvement est important parce qu’il rend le sujet plus concret, plus proche de l’usage, et sans doute aussi plus mobilisateur : 63 % des citoyens jugent aujourd’hui prioritaire le développement de constructions plus durables.

Pour autant, la désirabilité ne produit pas mécaniquement de l’accélération. Pour qu’elle devienne un levier, elle doit pouvoir peser sur les décisions. Les citoyens peuvent jouer un rôle de prescripteurs, au sens large : par les attentes qu’ils expriment à l’égard de leur logement, de leur confort et bien-être, notamment auprès des décideurs publics, et plus globalement par le signal qu’ils envoient à l’ensemble de la chaîne de valeur sur ce qui est acceptable, souhaitable, ou au contraire insuffisant. Concepteurs et promoteurs devront intégrer ces attentes pour rendre leurs projets désirables et acceptables.

 

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