À l’occasion d’un échange avec Agathe Dubuquoy-Ortiz, Brand Content Manager chez Groupe Learnation, nous revenons sur les principaux enseignements d’une étude consacrée au regard porté par les actifs et les étudiants sur la formation continue. Entre manque de temps, besoin de flexibilité et importance de l’accompagnement humain, elle décrypte les attentes et les freins des apprenants et partage les enseignements qui nourrissent aujourd’hui la réflexion du Groupe Learnation sur l’avenir de la formation.
Agathe DUBUQUOY-ORTIZ
Brand content manager
Agathe, vous êtes brand & content manager chez Learnation Group, dont le métier est de concevoir des expériences d’apprentissage innovantes pour répondre aux nouveaux enjeux du développement des compétences. Quels sont les raisons qui vous ont poussé à mener cette enquête sur le regard que portent les actifs et les étudiants sur la formation continue ? Et y a-t-il une idée reçue ou une conviction que les résultats vous ont amené à reconsidérer ?
Nous sommes quotidiennement en contact avec les apprenants et les professionnels des ressources humaines. Cette proximité nous permet de bien comprendre leurs attentes et de réfléchir aux meilleurs moyens de susciter l’engagement et de maintenir la motivation tout au long d’une formation.
Mais notre rôle va plus loin : en tant qu’acteur de la formation B2B, nous sommes le partenaire stratégique pour des directions des ressources humaines RH et des dirigeants. De fait, nous considérons que notre rôle est aussi de les aider à mieux connaître leurs publics afin de proposer des dispositifs de formations à la fois efficaces, pertinentes et rentables.
L’enquête nous a permis d’affiner notre connaissance des réalités et des motivations des actifs, mais aussi de mieux comprendre la manière dont les contraintes varient selon les profils. Le manque de temps, par exemple, est largement partagé, mais il ne se manifeste ni avec la même intensité ni aux mêmes moments pour tous. Chez les femmes notamment, cette contrainte tend à s’inscrire dans la durée, tout au long de la vie active, et peut directement conditionner l’accès à la formation.
Cette lecture plus fine est particulièrement précieuse pour nos clients. Elle permet de dépasser une vision trop homogène des apprenants et de mieux prendre en compte leurs situations individuelles dans la conception des parcours.
L’étude n’a pas fondamentalement remis en cause nos convictions, mais elle a objectivé un constat parfois sous-estimé : la sophistication technologique ne suffit pas à susciter l’engagement. La qualité du cadre pédagogique et le soutien apporté tout au long du parcours restent déterminants, alors même que ces dimensions sont souvent moins mises en avant que l’innovation technologique
En quoi les enseignements de cette étude influencent-ils ou vont-ils influencer la manière dont Learnation Group conçoit ses dispositifs de formation ?
Ces enseignements nous invitent avant tout à affiner la conception et le pilotage de nos dispositifs. Il s’agit notamment de mieux identifier les freins à l’entrée en formation, les moments de décrochage et les signaux faibles annonçant un risque d’abandon.
L’enjeu n’est pas simplement de proposer davantage de flexibilité, mais de comprendre pour quels profils, à quels moments et face à quelles contraintes elle devient déterminante. Cela nous conduit à penser des parcours capables de mieux s’adapter aux réalités quotidiennes des apprenants, avec des modalités et des niveaux d’accompagnement différenciés.
La question n’est donc pas d’opposer l’humain à la technologie, mais de définir précisément leurs rôles respectifs. La technologie, et notamment l’intelligence artificielle, peut faciliter l’accès aux contenus, personnaliser certaines interactions ou aider à détecter des difficultés. L’intervention humaine doit, quant à elle, se concentrer sur les étapes où elle apporte le plus de valeur : créer du lien, lever les blocages, encourager et redonner du sens.
C’est dans cette logique que s’inscrivent nos choix en faveur du digital et du « blended learning » (la combinaison de cours avec un formateur et de travail en autonomie) : non pas pour appliquer un modèle unique, mais pour articuler plus finement autonomie, souplesse et présence humaine. Une formation engageante est une formation qui trouve sa place dans le quotidien de chacun, plutôt que de constituer une contrainte supplémentaire. Cette approche doit nous permettre de renforcer durablement l’engagement des apprenants, mais aussi la confiance de nos clients et de nos parties prenantes.
“Une formation engageante est une formation qui trouve sa place dans le quotidien de chacun, plutôt que de constituer une contrainte supplémentaire.”
Agathe DUBUQUOY-ORTIZ
Brand content manager
Au-delà des résultats eux-mêmes, qu’est-ce que cette collaboration avec Sociovision (Groupe Ifop) vous a apporté dans votre réflexion stratégique sur l’avenir de la formation ?
Cette collaboration nous a permis de confronter notre lecture du marché à un regard extérieur, étayé par une expertise reconnue des transformations de la société. L’apport de Sociovision (Groupe Ifop) a été particulièrement précieux pour replacer les résultats dans le contexte plus large des évolutions sociologiques et mieux comprendre ce qu’ils disent des nouveaux rapports au travail, au temps et à l’apprentissage.
Cette mise en perspective nous aide à distinguer les tendances de fond des phénomènes plus conjoncturels et à mieux anticiper leurs conséquences pour la formation. Elle enrichit ainsi notre réflexion stratégique et nous donne un cadre d’analyse solide pour dialoguer avec nos clients sur les évolutions à venir du développement des compétences.