À l’occasion de la publication de notre étude consacrée au port obligatoire du casque à vélo chez les adultes, nous avons échangé avec Thierry, fondateur du média En-velo-simone.fr. Il revient sur les principaux enseignements de cette enquête, entre montée des préoccupations liées à la sécurité routière, perception accrue du risque avec le développement du vélo à assistance électrique, débat entre protection individuelle et liberté de pratique, et nécessité de ne pas faire de l’équipement un substitut à des infrastructures cyclables sûres, continues et adaptées.
Question 1 : Qu’est-ce qui vous a conduit, chez En-velo-simone.fr, à lancer cette étude sur le port obligatoire du casque pour les adultes et pourquoi avoir voulu distinguer le vélo « classique » du vélo à assistance électrique (VAE) ?
Au quotidien, je constate que beaucoup de cyclistes s’équipent déjà spontanément, ce qui est une excellente chose. Mais avec l’explosion de la pratique, je vois aussi trop souvent des comportements dangereux sur la route. Le débat autour du casque revient sans cesse dans la communauté et divise : il y a les pro-obligation et les défenseurs de la liberté. Les récentes déclarations d’une ministre ont fini de nous convaincre de lancer ce sondage pour avoir une vision claire de l’opinion.
Quant à la distinction avec le vélo électrique, elle nous semblait indispensable : à 25 km/h, la vitesse change la donne et l’impact en cas de choc est d’une tout autre gravité.
“La réglementation ne doit pas servir de paravent à l’inaction publique : l’avenir de la sécurité à vélo passera d’abord par de vrais aménagements cyclables.”
Thierry
Fondateur du média En-velo-simone.fr
Question 2 : L’étude montre une adhésion très large au principe d’une obligation, encore plus marquée pour le VAE (avec une part de « tout à fait favorables » élevée). Comment interprétez-vous ce signal : reflète-t-il, selon vous une nouvelle manière dont les Français perçoivent le risque, la vitesse ou la « normalisation » du vélo au quotidien ?
Ces chiffres montrent une vraie prise de conscience, mais je pense qu’il faut les analyser avec recul. Pour beaucoup, le casque est vu comme une solution magique pour réduire les blessures. Or, cette vision occulte le vrai problème : la dangerosité d’infrastructures souvent mal conçues ou négligées. De plus, une partie des usagers craint qu’une loi stricte ne finisse par décourager les gens de pédaler, ce qui serait dommageable. C’est donc un arbitrage complexe entre la protection immédiate et la liberté de pratiquer.
Question 3 : À partir de ces résultats, quelles implications voyez-vous pour les prochaines années : en matière de pédagogie, de réglementation, et plus largement d’acceptabilité des équipements de sécurité (casque, visibilité, assurances) à mesure que le parc de vélos et de VAE progresse ?
La réglementation ne doit pas servir de paravent à l’inaction publique. Le casque protège la tête en cas de chute, mais il n’empêche pas l’accident. Nos précédentes enquêtes montraient déjà qu’une majorité de cyclistes ne se sentent pas en sécurité sur la route.
L’avenir de la sécurité à vélo passera d’abord par de vrais aménagements : des pistes cyclables continues, bien entretenues et physiquement séparées des voitures et des piétons. C’est l’infrastructure qui sécurise la pratique, bien avant l’équipement.