Alors que s’ouvrent les débats sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) et que la fermeture des petites maternités occupe le devant de la scène, la nouvelle enquête de l’Ifop pour le Conseil national de l’Ordre des sage-femmes donne la parole aux premières concernées. Réalisée du 19 au 24 août 2026 auprès de 2 000 femmes âgées de 15 ans et plus, elle actualise les indicateurs suivis depuis 2017 et 2021.
Au sein de la population consultée, 64% des femmes avaient déjà accouché. Pris globalement, le retour d’expérience est très positif puisque 92% d’entre elles considèrent avoir été bien accompagnées durant leur grossesse, et 91% avoir bénéficié d’une prise en charge coordonnée durant celle-ci. Pour 65% d’entre elles, les professionnels de santé ont fourni les informations les plus utiles. Mais ceux-ci se révèlent moins accessibles après l’accouchement. 30% des femmes qui ont accouché déclarent avoir rencontré au moins une difficulté (psychologique ou liée au suivi post-maternité), soit la même proportion qu’il y a cinq ans. Ces contraintes sont davantage mentionnées par les mères les plus jeunes (54% des 18-24 ans) que par leurs aînées (38% des 35-49 ans). L’effritement du tabou concernant les difficultés de la maternité et la dépression post-partum chez les jeunes générations explique en grande partie cet écart.
Dans le même temps, l’enquête fait apparaître que l’accouchement n’est plus automatiquement associé au milieu hospitalier. Même si la maternité publique reste en tête des lieux envisagés par les Françaises (elle est mentionnée par 40% d’entre elles), elle est concurrencée par la maternité privée (34%) et la maternité dans laquelle travaille la sage-femme libérale qu’elles ont consultée durant leur grossesse (33%). Les critères principaux sont la proximité du lieu (première raison pour 66% des femmes qui ont accouché) et la qualité du suivi avant et après l’accouchement, surtout chez les plus jeunes. 89% des 18-24 ans jugent important de faciliter la possibilité, pour celles qui le souhaitent, d’accoucher ailleurs qu’en maternité tout en étant accompagnées d’un professionnel de santé. Chez les femmes n’ayant jamais accouché, la sage-femme libérale (39%) fait désormais jeu égal avec les maternités publique et privée (38% chacune).
Enfin, les chiffres concernant le suivi gynécologique sont en recul depuis 2021. 77% des Françaises en ont bénéficié au cours des douze derniers mois, soit 7 points de moins qu’il y a cinq ans. Cette baisse est imputable au retrait de la médecine généraliste (61% contre 74%), alors que le recours aux sage-femmes a augmenté (16% contre 11%). Le suivi culmine chez les femmes en âge d’avoir des enfants (83% chez les 25-34 ans) puis tombe à 70% chez les 65 ans et plus, alors même que la surveillance des cancers gynécologiques et l’accompagnement de la ménopause justifieraient son maintien. 31% des femmes invoquent l’inutilité de la consultation gynécologique en cas de problème de santé : c’est la principale raison mentionnée. Le non-suivi revêt également une dimension sociale : ce sont les femmes issues des milieux populaires et les moins diplômées qui déclarent le plus souvent ne pas avoir été suivies (30% des non-diplômées, 25% des ouvrières).