Les restrictions aux mobilités suite à la hausse des prix du carburant

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23.07.26

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L’Ifop a réalisé pour la Fondation Jean-Jaurès une enquête interrogeant les Français sur les changements dans leur usage de la voiture suite à la hausse des prix des carburants.

1- Une France qui reste massivement dépendante de la voiture…

Si la déambulation en vélo d’Emmanuel Grégoire dans les rues de Paris au soir de sa victoire restera assurément comme l’une des images marquantes des dernières élections municipales, l’automobile demeure, et de loin, le principal mode de transport dans notre pays.

Ce ne sont ainsi pas moins de 71% de nos concitoyens qui se déclarent dépendants de la voiture dans leur vie quotidienne. Près d’un tiers (32%) s’en disent même très dépendants. Cette dépendance est certes et logiquement maximale parmi les ruraux (89%), mais plus des deux tiers (70%) des personnes résidant dans une agglomération de province la vivent également au quotidien. Du fait de la centralité de la voiture dans nos modes de vie et de la dépendance de 7 de nos concitoyens sur 10 à la voiture dans leur vie de tous les jours, le prix des carburants est un sujet éminemment sensible.

2- … et qui a vu les prix des carburants s’envoler

En France, le prix moyen du gasoil (carburant le plus consommé dans l’hexagone) est passé d’1,7 euro à la veille du déclenchement des premiers bombardements au Moyen-Orient à près de 2,4 euros au pic de la crise au début du mois d’avril. Si ce prix moyen est quelque peu redescendu depuis ce paroxysme, il oscille depuis plusieurs mois entre 1,9 et 2 euros, soit une hausse très significative de près de 20% par rapport à son niveau du début de l’année (1,6 euro). Cette hausse durable du prix des carburants exerce une pression sur le pouvoir d’achat des automobilistes, pression à laquelle il est souvent difficile de faire face. 46% des possesseurs de voiture indiquent ainsi qu’il leur est déjà arrivé de n’acheter que pour moins de 30 euros de carburant, faute de pouvoir faire un plein plus important. Et pour 15% des automobilistes, cet auto-rationnement est même devenu un comportement fréquent.

3-Du fait de nombreux renoncements à la mobilité, près de 6 Français sur 10 ont le sentiment de vivre une vie rétrécie.

Au cours des derniers mois, 47% des automobilistes ont ainsi renoncé au moins une fois (et 22% plusieurs fois, voire souvent) à rendre visite à un proche (famille, amis) en raison de la hausse des prix du carburant. Une proportion identique, 54% (dont 28% plusieurs fois ou souvent), a renoncé pour les mêmes raisons au moins une fois à une sortie de loisirs (restaurant, cinéma, café, spectacle…). Comme nous l’avions montré dans une précédente note, la forte hausse de l’inflation post-covid pesait déjà sur toute une partie de la population, qui entre pouvoir d’achat en berne et économie de débrouille, avait le sentiment de vivre une vie au rabais.  Dans ce contexte, l’ensemble de ces renoncements à la mobilité évoqués précédemment et provoqués par la hausse des prix des carburants, génère chez 58% des possesseurs d’automobile l’impression que leur vie s’est rétrécie.

Ce rabougrissement des vies et cette contraction de la mobilité de tous les jours sont également assez logiquement davantage ressentis par les personnes se disant dépendantes de la voiture au quotidien (63% éprouvent un rétrécissement de leur vie, contre seulement 39% des peu ou pas dépendants de la voiture).

Les déplacements du quotidien ne sont pas les seuls à avoir été impactés par la hausse des prix du carburant. Les vacances d’été, moment important dans notre société dans laquelle les loisirs et le temps libre occupent une place centrale, sont également concernées. Du fait du niveau des prix à la pompe, 13% ont renoncé à effectuer cet été la « grande transhumance », quand 19% partiront moins loin ou moins longtemps. Au total, ce sont près d’un tiers des Français (32%) qui ont modifié plus ou moins substantiellement leurs projets de vacances estivales.

4- Pour deux tiers des sondés, il devient trop cher d’aller travailler

La hausse du coût des carburants n’influe pas que sur les départs en vacances ou sur les déplacements du quotidien, elle pèse également, pour une partie de la population, sur l’accès au travail ou la mobilité professionnelle. 23% des actifs déclarent ainsi qu’il leur est déjà arrivé de renoncer à une opportunité professionnelle (emploi, formation, mutation…) à cause du coût des déplacements. C’est le cas de 32% des moins de 35 ans et de 31% des plus modestes, mais plus encore de 41% des chômeurs. Plus globalement, c’est même le coût d’opportunité du travail qui est puissamment questionné par la hausse des carburants. 67% des Français adhèrent ainsi à l’idée « qu’aujourd’hui, cela devient trop cher d’aller travailler ». 76% des personnes se disant très dépendantes de la voiture au quotidien (et dont on peut penser qu’elles effectuent chaque jour des trajets conséquents pour se rendre au travail) partagent cette idée qu’il devient trop cher d’aller travailler, contre « seulement » 53% parmi celles qui se disent peu ou pas dépendantes de la voiture, et qui recourent sans doute aux transports en commun ou au vélo ou à la marche pour se rendre au travail.

Retrouvez la synthèse complète des résultats par Jérôme Fourquet et Rémi Branco sur : https://www.jean-jaures.org/publication/quand-la-hausse-des-prix-a-la-pompe-retrecit-les-vies/