Alors que la mobilisation lycéenne s’étend et que des débordements émaillent plusieurs rassemblements, l’Ifop a mesuré pour LCI le regard des Français sur ce mouvement. Réalisée les 6 et 7 octobre 2026 auprès d’un échantillon de 1 000 personnes, l’enquête révèle une opinion partagée : un soutien réel mais minoritaire, dominé par l’inquiétude, et une condamnation nette des violences dont la responsabilité fait l’objet d’un vif désaccord partisan.
Le mouvement suscite d’abord des sentiments négatifs. L’inquiétude domine très largement (citée par 60 % des Français et premier sentiment exprimé par 34 % d’entre eux), devant l’incompréhension (40 %) et la colère (38 %). L’espoir (30 %) et la fierté (18 %) demeurent minoritaires dans l’ensemble de la population, mais s’imposent chez les plus jeunes (52 % d’espoir et 38 % de fierté chez les 18-24 ans) et à gauche, tout particulièrement chez les sympathisants de La France insoumise (66 % d’espoir, 72 % de fierté).
Au total, 48 % des Français soutiennent le mouvement ou en éprouvent de la sympathie (27 % le soutiennent, 21 % y sont sympathiques), 17 % y sont indifférents et 35 % y sont opposés. Le soutien reste ainsi en net retrait par rapport à la mobilisation contre la réforme des retraites de 2023 (57 %). Il est en outre très clivé : massif à gauche (82 %, jusqu’à 92 % chez les sympathisants LFI) et chez les jeunes (74 % des 18-24 ans), il tombe à 31 % chez les sympathisants RN et à 19 % chez les sympathisants LR.
Sur les débordements, les Français renvoient dos à dos plusieurs acteurs. « Certains lycéens » (jugés responsables par 78 % des Français) et le gouvernement (78 %) arrivent en tête, devant La France insoumise (71 %) et, loin derrière, la police (40 %). Ces jugements épousent les fractures partisanes : la responsabilité de La France insoumise est pointée par 93 % des sympathisants Renaissance, 88 % des sympathisants RN et 87 % des sympathisants LR, mais par seulement 10 % des sympathisants LFI ; à l’inverse, 86 % de ces derniers tiennent la police pour responsable, contre 15 % des sympathisants Renaissance.
Enfin, le recours à la violence pour faire avancer ses idées reste rejeté par une large majorité de Français : 68 % le désapprouvent, quand 32 % admettent qu’il faut « parfois » en passer par un certain degré de violence — un niveau légèrement inférieur à celui mesuré lors du mouvement contre la réforme des retraites en 2023 (35 %). Cette acceptation est plus forte chez les jeunes (44 % des 18-24 ans) et à gauche (64 % chez les sympathisants LFI).
Le mouvement lycéen dispose ainsi d’un capital de sympathie réel mais minoritaire et fortement polarisé, sur fond d’inquiétude majoritaire et d’une condamnation des violences dont l’imputation divise profondément la société selon les sympathies partisanes.