Les conclusions de récentes enquêtes mettent en avant une baisse générale de la consommation d’alcool en France, notamment auprès des plus jeunes (cf. baromètre Ifop pour Vin et Société en 2025). Mais qu’en est-il des pratiques dans un contexte festif ? Dans un contexte d’évolution des modes de sociabilité et alors que la modération gagne peu à peu ses lettres de noblesse, l’alcool est-il toujours perçu comme un attribut indispensable de la convivialité ?
1.La fête sans alcool : une pratique émergente et générationnelle
Parmi les Français consommateurs d’alcool, trois quarts ont déjà vécu l’expérience d’une fête ou sortie sans alcool, hors périodes de sobriété contrainte ou choisie (comme le Dry January ou la grossesse), et 39% le font au moins « souvent ». Ces adeptes sont surreprésentés parmi les femmes (45% contre 33% d’hommes), les habitants de l’agglomération parisienne (52%) et les jeunes (61% des 18-24 ans vs 28% des 65 ans et plus !). Ce dernier chiffre témoigne d’un effet générationnel en matière de consommation d’alcool : la génération Z à moins tendance que ses aînés à normaliser la consommation d’alcool en général et à y associer des valeurs positives.
- Une réévaluation des valeurs festives
En effet, invités à associer des qualificatifs au fait de faire la fête sans boire, les 18-24 ans attribuent systématiquement plus que la moyenne des Français des items mélioratifs à la sobriété. Ainsi, ils sont davantage convaincus que la fête sans alcool est dans l’air du temps (31% de « oui, tout à fait » vs 20% en moyenne), attractive (26% vs 17%) ou encore inclusive (29% vs 12%). A l’inverse, ils considèrent moins que les caractéristiques dépréciatives s’appliquent à la fête sans alcool.
Au-delà des écarts d’âge, force est de constater que, toute génération confondue, les attributs positifs l’emportent sur les négatifs : la fête sans alcool est davantage perçue comme attractive (58%) qu’ennuyeuse (25%), et plus dans l’air du temps (67%) que ringarde (16%).
- Les avantages identifiés de la « sobriété festive »
Aux yeux du grand public, cette forme de fête présente de nombreux avantages, notamment en matière de sécurité : 48% des Français citent le fait qu’elle soit « plus sûre, moins risquée », un chiffre qui atteint 54% chez les femmes et 67% chez les 65 ans et plus. Viennent ensuite, mais dans une bien moindre mesure, le fait d’avoir des échanges plus authentiques (24%) et plus d’énergie le lendemain (22%). La génération Z se distingue à nouveau, citant davantage que la moyenne le plaisir de garder de meilleurs souvenirs (28% vs 19%) et de faire des économies sur le budget de la soirée (28% vs 19%), ce dernier item reflétant les contraintes financières propres aux étudiants et jeunes actifs.
- Les conditions de popularisation de la fête sans alcool
Si la majorité des Français ont déjà expérimenté la fête sans alcool, celle-ci ne fait pas l’unanimité, notamment en raison de difficultés à être mise en œuvre (37% sont de cet avis et notamment les consommateurs les plus réguliers). Pour inciter le recours à cette pratique, les Français en appellent avant tout à une offre plus qualitative et variée de boissons festives sans alcool (75% estiment que cela les inciterait à participer à une fête sans boire d’alcool), mais également à être moins tentés par leur entourage : 70% seraient encouragés par des soirées sans alcool (où l’ensemble des convives s’engage à ne pas boire), 68% par le fait que davantage de personnes dans leur entourage ne boivent pas d’alcool (68%). Ces tendances varient là encore selon le sexe et la génération, les femmes et les jeunes étant plus enclins à adhérer à cette pratique.
Aux yeux des Français, cette offre de boissons non alcoolisées doit être créative (34% estiment que c’est ce qui donne son caractère festif à la boisson) et aux saveurs raffinées (38%). In fine, le fait qu’elle imite les goûts d’une boisson alcoolisée est plus secondaire (24%).
Toutefois, le premier élément cité est sans rapport avec le contenu du verre mais avec l’ambiance de la dégustation : 41% des Français considèrent que c’est parce qu’une boisson est dégustée dans une ambiance festive qu’elle le devient.
Cette enquête révèle de potentielles nouvelles pratiques festives en France : si l’alcool reste majoritairement présent, la fête sans alcool constitue aujourd’hui une alternative crédible et valorisée, portée notamment par la génération Z et par les femmes. Le développement d’une nouvelle offre de boissons non alcoolisées est un levier non négligeable pour son acceptation, à même hauteur que le climat de la dégustation (une ambiance festive, des convives buvant avec modération, etc.).