Le rapport des adolescents aux questions de genre et aux relations entre les sexes à l’ère post #MeToo

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18.02.26

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A l’heure où le gouvernement a dévoilé un « plan contre l’infertilité » pour relancer la natalité, le désir d’enfant fait-il toujours autant l’unanimité chez les jeunes que dans le passé ? Dans le contexte post #MeToo, les relations entre les deux sexes se sont-elles rigidifiées au point d’accroitre chez les adolescents un « gender gap » dans leur rapport au féminisme ? Le poids du religieux chez certains jeunes favorise-t-il le maintien des stéréotypes misogynes ou homophobes ? Pour mieux comprendre cette jeunesse à l’âge du lycée, l’Ifop a réalisé pour Elle une grande enquête auprès de ces filles et de ces garçons qui ont 15, 16 et 17 ans aujourd’hui. Menée auprès d’un échantillon représentatif de 1 028 adolescents de 15 à 17 ans vivant en France métropolitaine, cette enquête dessine une génération qui conjugue progressisme sociétal et valeurs personnelles, très souvent marquées par son environnement social et ses convictions religieuses.

LES 10 CHIFFRES CLÉS

Une appétence pour la parentalité en net retrait par rapport aux années 1980
1 – Seuls 57% des jeunes de 15 à 17 ans déclarent vouloir avoir des enfants, un chiffre nettement inférieur à celui observé il y a 40 ans, où 77% des jeunes du même âge exprimaient cette envie. L’écart en fonction du sexe reste limité – 55% des garçons contre 61% des filles – mais varie beaucoup selon le degré de féminisme : 31% des jeunes filles « très féministes » ne souhaitent pas avoir l’enfant, soit trois fois plus que chez celles non féministes (12%).

Un rapport au féminisme variant selon le sexe

2 – Si les adolescents se déclarent en majorité féministe (61%), ce chiffre global masque un clivage béant entre les sexes. En effet, si le féminisme est une conviction partagée par les trois quarts des jeunes filles de 15-17 ans (77 %), ils sont moins d’un jeune garçon sur deux (45%) à affirmer une sensibilité féministe. Et chez les garçons de cet âge, le rejet du féminisme est particulièrement prégnant chez les jeunes des milieux les plus populaires (62% chez ceux ayant un parent ouvrier, 65% des habitants des banlieues populaires) et les plus religieux (63% des catholiques pratiquants, 74% des musulmans).

3 – Plus d’un jeune sur deux se déclare préoccupé par la défense des droits des femmes (57%), mais le « gender gap » est prononcé : 69% des filles se disent inquiètes pour leurs droits, contre 45% des garçons. Les adolescents les plus féministes sont, logiquement, aussi ceux qui se disent les plus préoccupés.

4 – Les jeunes religieux adhèrent davantage aux stéréotypes misogynes. Ainsi, 44% des croyants religieux estiment que les féministes « détestent les hommes » (contre 36% des athées), et plus d’un jeune croyant religieux sur deux (53%) considère qu’une femme mariée devrait prendre le nom de son mari (contre 26% chez les athées). De même, 31% des jeunes musulmans estiment que, pour qu’un couple fonctionne, l’homme doit souvent trancher les décisions (17% des catholiques et 8% des jeunes sans religion).

5 – Les stéréotypes LGBTphobes persistent également chez les jeunes les plus religieux. 62% des jeunes musulmans pensent que les homosexuels devraient éviter de montrer leur orientation dans l’espace public. Par ailleurs, 40% des croyants religieux jugent que les couples homosexuels ne devraient pas pouvoir élever des enfants (26% chez les croyants non religieux et 13% chez les athées). Enfin, plus d’un jeune sur dix considère que les violences à l’encontre des personnes homosexuelles sont parfois compréhensibles (13%), taux qui monte à 23% chez les jeunes musulmans.

Une jeunesse à l’âge d’une nouvelle découverte de l’autre sexe

6 – La très grande majorité des adolescents entretiennent des amitiés avec des personnes du sexe opposé : 90% des jeunes déclarent avoir au moins un ami du sexe opposé.

7 – Aujourd’hui, les garçons sont perçus par les filles comme moins « cool » (-9 points), moins gentils (-7 points) et surtout moins romantiques (-17 points) qu’il y a 25 ans, alors que les adjectifs péjoratifs restent plutôt stables : machos (+3 points), agressifs (+2 points) et violents (+2 points).

8 – #Metoo a laissé une trace notable sur la séduction entre les adolescents. Un jeune sur deux estime qu’il est devenu plus difficile de séduire depuis #MeToo. On observe une légère disparité entre les sexes : 44% des filles et 56% des garçons partagent ce sentiment.

9 – Pour 46% des jeunes, il vaut mieux être un garçon qu’une fille dans la société, contre 65% chez les adultes. Seuls 7% pensent qu’il vaut mieux être une fille (contre 9% chez les adultes), tandis que 47% estiment qu’il n’y a pas de différence (26% chez les adultes). Les filles sont légèrement plus nombreuses que les garçons à penser qu’il vaut mieux être un garçon (50% contre 42%).

10 – La notion du respect du consentement est unanimement partagé : 96% des adolescents de 15 à 17 ans considèrent qu’il est indispensable, sans différence notable entre les filles et les garçon

LE POINT DE VUE DE FRANCOIS KRAUS SUR L’ETUDE

Les résultats de cette enquête mettent en exergue l’effet des discours progressistes sur une « génération Metoo » qui rejette beaucoup plus que celle de ses parents au même âge les injonctions à la maternité, à l’hétérosexualité ou à des modèles conjugaux traditionnels voir patriarcaux. Cependant, derrière cette unanimité de façade se cache un clivage de genre des plus béants entre des jeunes filles massivement progressistes et des garçons nettement plus conservateurs, clivage alimenté par les postures masculinistes particulièrement prégnantes dans les milieux les plus populaires et/ou les plus religieux. Dans cette enquête, comme dans d’autres, le retour du religieux observé chez les jeunes apparaît en effet indéniablement lié à un rejet des discours progressistes en faveur des femmes ou des LGBT.