L’éducation est un sujet dont l’importance fait consensus, mais qu’on juge absent du débat. 88% des Français, dont 38% « tout à fait », veulent en faire l’un des chantiers prioritaires du ou de la futur.e Président.e. Mais les trois quarts (75%) jugent que les enjeux liés à l’éducation ne sont pas suffisamment présents et valorisés dans le débat public. Notons qu’ils sont 2/3 des moins de 35 ans (62%) à le penser, mais 84% des 65 ans et plus.
L’égalité des chances par l’école est encore un pari majoritaire, 52% des Français pensent que l’école la permet toujours quand 47% pensent que non. Surtout, les convictions fermes s’équilibrent, seul 11% considèrent « tout à fait » que l’école rend encore l’égalité des chances possible face à 12% qui considèrent que l’école ne la permet « pas du tout », les opinions sur ce sujet sont donc peu ancrées et sont susceptibles de basculer au fil de l’actualité. Enfin, 60% des moins de 35 ans pensent encore que l’école permet l’égalité des chances, contre 47% des 65 ans et plus, comme si la distance au système scolaire nourrissait le pessimisme.
Trois causes concentrent la perte de confiance dans le système scolaire : la baisse du niveau scolaire et des exigences académiques (43%), le manque de moyens humains et matériels alloués à l’école (42%) et le manque de soutien aux professeurs en matière d’autorité et la présence d’élèves perturbateurs (42%). Suivent l’instabilité créée par les réformes successives (31%), puis, autour d’un Français sur cinq, la multiplication des missions confiées à l’école, les violences entre les enfants et faites aux enfants, la formation des enseignants et le manque de reconnaissance sociale et salariale des enseignants. En somme les Français souscrivent au récit de l’école empêchée : des missions qui s’empilent, des réorganisations permanentes, des enseignants qui sont laissés seuls, peu formés, avec peu de moyens et mal valorisés ; et ces facteurs multiples empêchent l’école de remplir efficacement ses missions ce qui est la principale source de défiance. Un système qui manque de ressources, plus que mal conçu : les rythmes scolaires (18%), la trop grande centralisation (12%) et les disparités territoriales (11%) ferment le classement, et ce y compris en zone rurale. On retrouve aussi le clivage générationnel : si les plus âgés sont plus prompt à déplorer un manque d’autorité (63% des 65 ans et plus/28% des moins de 35 ans), les plus jeunes pointent plus facilement le manque de moyen (48% contre 39% chez les 65 ans et plus) et un peu moins la baisse du niveau scolaire (32% contre 48%).
Deux réformes sont attendues par près de la moitié des Français : recentrer les programmes de primaire sur les savoirs fondamentaux (48%) et réduire le nombre d’élèves par classe (47%). Mais ce ne sont pas les mêmes Français qui portent ces deux projets, le recentrage sur les fondamentaux est porté par les 65 ans et plus (56%) et les sympathisants de Droite (62%), nettement moins par les moins de 35 ans (32%) et les sympathisants de Gauche (41%). La réduction des effectifs par classe est, elle, plus un marqueur de gauche (59%). Les seniors se distinguent aussi par un intérêt plus marqué pour l’orientation professionnelle dès la 4e (39%), la création de structures dédiées aux élèves auteurs de violences (34%) et l’autonomie donnée aux chefs d’établissement (25%). À l’inverse, les moins de 35 ans portent une demande de transformation et de moyens : ils sont quatre fois plus nombreux à réclamer le développement d’établissements et de pédagogies innovantes (25% contre 6% des 65 ans et plus), trois fois plus sur l’intégration du numérique et de l’IA (16% contre 5%), et ils sont également davantage sur l’augmentation du salaire des professeurs (28% contre 21% en moyenne). Pour grossir le trait : restaurer l’école d’avant pour les seniors, la moderniser pour les jeunes.
Si « attribuer les moyens de l’éducation prioritaire en fonction des difficultés scolaires » arrivait 4eme réforme prioritaire avec 28%, ce serait finalement 76% des Français qui sont favorables à ce que les moyens de l’éducation prioritaire ne soient plus orientés en particulier vers les QPV mais affectés aux établissements confrontés aux plus grandes difficultés scolaires. Toutefois les opinions fermes, « oui tout à fait favorable » sont à 15%, un socle à préciser et à consolider avec la présentation du projet.